21 mai 1876

« 21 mai 1876 » [source : BnF, Mss, NAF 16397, f. 140], transcr. Erminie Baudry, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d10627e791, page consultée le 01 mai 2026.

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Cher bien-aimé, j’ai demandé à Dieu de me donner comme bouquet de fête aujourd’hui ta guérison complète2 et je te demande à toi ton amour qui sera la plus belle rose de mon bouquet. J’espère que mes vœux seront exaucés. J’attends et j’espère de bonnes nouvelles de ta nuit et ta chère petite lettre que je baise d’avance afin de la faire arriver plus vite.

Je t’envoie la lettre de Baze qui explique la modification dans l’espèce des billets, tu verras comment tu désires les répartir. Quant à moi, pourvu que je te voiea et que je t’entende, toute place m’est bonne. Mais je ne veux pas te déranger plus longtemps et je m’arrête sur ce mot qui est l’alpha et l’oméga de mon cœur et de mon âme : je t’aime.

[Adresse]
Monsieur


Notes

1 Le 21 mai est le jour de la Sainte Julie, et donc la fête de Juliette.

2 Victor Hugo souffre d’un zona depuis le début du mois de mai 1876.

Notes manuscriptologiques

a « voies ».


« 21 mai 1876 » [source : BnF, Mss, NAF 16397, f. 141], transcr. Erminie Baudry, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d10627e791, page consultée le 01 mai 2026.

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Quelle bonne et adorable petite lettre1 tu m’as écrite mon grand bien-aimé. J’ai beau la savoir par cœur d’avance, j’en suis toujours aussi émue, aussi éblouie et aussi reconnaissante que si je ne m’y attendais pas. Merci, oh ! merci ! merci ! Je te souris, je te bénis, je t’adore. Comme tu as raison, mon grand, mon sublime, mon divin bien-aimé, de ne pas redouter la bataille de demain2 car, quels quea soient les efforts de cette monstrueuse majorité du Sénat, tu as victoire gagnée à l’avance devant l’humanité et devant Dieu. Quant à moi, je tâche de hausser mon courage à la mesure de la torture à laquelle on te soumettra demain pendant plusieurs heures. J’espère être digne de ton stoïcisme mais j’éprouverai bien des indignations et bien des colères d’autant plus grandes qu’elles seront forcément continues.

Je te remercie avec attendrissement de ta bonté et de ta déférence pour moi en cette nouvelle occasion. J’espère que Mme Charles n’en sera pas fâchée. Autrement, je suis prête à lui céder les deux places d’honneur, me trouvant déjà honorée au-delà de mon humble mérite par ta préférence du premier moment, mais jamais trop payéeb de mon amour, lequel, quoi que tu fasses, dépassera toujours le tien.


Notes

1 Chaque année, le 21 mai, jour de la Sainte Julie, Victor Hugo écrit à Juliette une lettre pour sa fête : « Aujourd’hui une douce fête, demain une rude bataille : telle est ma vie. Tu es le rayon de mes ténèbres. Ma bien-aimée, reste à moi à jamais. Ta lumière près de moi, ta flamme en moi ; c’est par là que j’existe. Je t’aime, j’ai bien dormi, et je vais bien. Quant à la bataille de demain, nos adversaires auront leur victoire, qui sera leur vote, et j’aurai la mienne, qui sera ma conscience. Je suis tranquille. Je vis en toi, et par toi, et par nos petits anges d’ici-bas, et par nos grands anges de là-haut. Sois bénie. »

2 Le lendemain, lundi 22 mai, Victor Hugo prononcera un discours en faveur de son projet de loi pour l’amnistie des anciens communards condamnés à la déportation qui sera ensuite l’objet d’un vote du Sénat qui n’adoptera finalement pas cette proposition.

Notes manuscriptologiques

a « quelques ».

b  « payé ».


« 21 mai 1876 » [source : BnF, Mss, NAF 16397, f. 142], transcr. Erminie Baudry, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d10627e791, page consultée le 01 mai 2026.

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Cher bien-aimé, mon cœur est toujours si plein de toi que je saisis toutes les occasions et tous les prétextes pour en déverser le trop plein au risque de t’en importuner et de t’en fatiguer au delà de ta patience et de tes forces, comme je le prouve encore aujourd’hui avec mes trois lourds gribouillis. Heureusement pour toi, mon pauvre trop aimé, que la journée touche à sa fin, ce qui force sainte Julie à remettre sa plume au fourreau jusqu’à l’année prochaine. Mais sois tranquille, tu n’y perdras rien ni moi non plus puisque d’après le proverbe connu : ce qui est différé n’est pas perdu.

Je suis très touchée que mes petits Koch se soient souvenus d’eux-mêmes de ma vieille fête. Sans eux, la pauvre sainte Julie sea serait passé du bouquet traditionnel, ce qui aurait été assez maussade. Heureusement que j’étais déjà, moi, qui ne suis pas une sainte, pourtant, nimbée par toi et auréolée comme par Dieu lui-même de la couronne d’amour qui est plus encore que la couronne de gloire.


Notes manuscriptologiques

a « ce ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

Hugo, élu sénateur, préside l’Union républicaine (qui siège à l’extrême-gauche du Sénat).

  • 30 janvierHugo est élu sénateur de la Seine.
  • 4 aoûtHugo nommé président de l’Union républicaine (extrême-gauche du Sénat).
  • 23 novembreMort de son frère Amand (né en 1803), dont Juliette a perdu la trace depuis leur séparation précoce à la mort de leur mère.