3 avril 1864

« 3 avril 1864 » [source : BnF, Mss, NAF 16385, f. 92], transcr. Marie-Laure Prévost, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d10590e87, page consultée le 01 mai 2026.

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Rebonjour, mon doux adoré, et bonheur si, comme je l’espère, tu as dormi comme un bon petit NOIR1 toute la nuit comme je l’ai fait moi-même. Voilà un temps bien taquinant dans le cas où tu aurais eu l’intention de sortir tantôt. Pour moi, en vrai cul-de-jatte que je suis, je ne m’en émeus que parce que cela m’empêchera probablement de te voir de toute la journée car tu voudras mettre la pluie à profit en travaillant jusqu’à l’heure du dîner. Donc je fais grise mine à ce temps malencontreux et je m’en venge en te le tamisant à travers ma restitus digne de Gribouille. Que tu as été bon encore hier pour moi, mon adoré bien-aimé, en me donnant ces deux splendides petits panneaux que j’admirais sans oser les désirer tant je me trouve comblée de belles choses. Mais ton charmant petit pêcheur endormi2 était déjà depuis longtemps dans mes eaux… sympathique et magnétique. C’est ce qui fait qu’il ne pouvait m’échapper tôt ou tard quoique nous fassions toi et moi. Et puis il fait si bien dans la place où il est que c’eût été grand dommage que tu ne l’y eusses pas mis. Mais quelle merveille que cette salle à manger et comme elle enfonce toutes les Sibylles3 passées présentes et futures. Et ma chambre ! quel paradis !… quand nous l’habiterons tous les deux. Autrement je lui préfère ma masure délabrée d’où je te vois et d’où mes baisers s’envolent tout naturellement vers toi. Quel quea soit le bonheur qui m’attende dans ce ravissant petit palais je ne serai jamais ingrate envers cette pauvre petite maison dans laquelle je t’ai aimé de tout temps.

J.


Notes

1 Déformation de l’expression « dormir comme un loir ».

2 L’un des deux panneaux offerts à Juliette Drouet est celui qui représente un Chinois endormi dans son embarcation (aujourd’hui à la MVH). Trois autres panneaux du même style ont figuré au 20 Hauteville : l’un portant l’inscription « SHU ZAN » et représentant un Chinois attablé devant un poisson et deux autres panneaux intitulés l’un « LAETITIA » et l’autre « HARMONIA » : la lettre de Juliette Drouet ne permet pas de savoir quel est le second panneau parmi ceux-ci. Le panneau représentant le « pêcheur endormi » a fait l’objet de dessins préparatoires au crayon dans le petit album cité supra, BnF, Mss, NAF 13460, aux f. 54 (esquisse) et 9v et 88v (études pour les escargots) : ark:/12148/btv1b53033813z

3 Lors de leur voyage au Rhin, Juliette et Victor avaient visité le splendide château de la margrave Sybille.

Notes manuscriptologiques

a « quelque ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle emménage dans Hauteville II, que Hugo achète pour elle, et dont il soigne la décoration.

  • 14 avrilWilliam Shakespeare.
  • 16 avrilAchat du 20, Hauteville pour Juliette, qui y emménagera deux mois plus tard. La famille Hugo y avait résidé avant d’emménager à Hauteville-House. Juliette en avait signé le bail de location le 19 mai 1863.
  • 5 maiPar testament, Juliette Drouet institue Victor Hugo son légataire universel, et à défaut, les enfants de ce dernier. Elle nomme Victor Hugo son exécuteur testamentaire, et à défaut, Charles, puis François-Victor.
  • 15 juinPremière nuit de Juliette Drouet au 20, Hauteville.
  • 25 juilletElle pend la crémaillère dans sa nouvelle maison.
  • 15 août-26 octobreVoyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.