21 avril 1864

« 21 avril 1864 » [source : BnF, Mss, NAF 16385, f. 108], transcr. Marie-Laure Prévost, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d10590e672, page consultée le 01 mai 2026.

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Je suis prête à aller t’attendre à notre maison, mon doux adoré, seulement je crains que tu ne m’y laisses longtemps car on dit le Packet en retard et tu auras sans aucun doute un flot de lettres et de journaux plus intéressants les uns que les autres. D’un autre côté, ma présence là-bas est à peu près inutile attendu que je ne peux pas surveiller efficacement des ouvriers dispersés à tous les étages et faisant une besogne à laquelle je ne connais rien. J’irai cependant parce qu’avant tout je veux t’obéir, quitte à revenir chez moi sans t’avoir vu. Je viens de remettre à Virginie la dernière des trois boîtes de biscuits apportées ici. Maintenant du devrais décider s’il faut en rapporter d’autres et si elles ne seraient pas mieux chez toi que chez moi. Quant à aller choisir les lampes1 tantôt, je ne le crois guère possible, toujours à cause de ton courrier. Je me tiendrai prête pourtant à tout événement. Cela fera une diversion à mon rhume qui continue à me donner mal à la tête et qui me force à tenir la bouche ouverte pour respirer. Il faudra que je fasse bien attention à ne pas t’embrasser pour ne pas t’inoculer cette bête d’indisposition. Mais quel beau temps, mon cher petit homme ! c’est à se croire en plein mois d’août. Hélas ! il paraît que ce temps charmant est contraire aux champs et aux jardins et que s’il dure encore quelques jours nous n’aurons plus ni fruits, ni légumes, pas même de blé. Soyez donc le beau soleil et le ravissant printemps pour produire un tel résultat ! Quel bon prétexte pour être laid, froid, vieux et grimaud et comme je m’en servirai à l’occasion. En attendant je cuve stupidement mon CORIZA et je vais me transporter dans MA maison où je lirai quelques journaux au doux bruit de la scie et du marteau et puis je vous aime, TAISEZ-VOUS !


Notes

1 L’agenda confirme cet emploi du temps : « Nous sommes allés au gaz choisir des lampes pour la maison Domaille. » (Cinquième agenda, CFL, t. XII, p. 1456.)

Cette année-là…
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Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle emménage dans Hauteville II, que Hugo achète pour elle, et dont il soigne la décoration.

  • 14 avrilWilliam Shakespeare.
  • 16 avrilAchat du 20, Hauteville pour Juliette, qui y emménagera deux mois plus tard. La famille Hugo y avait résidé avant d’emménager à Hauteville-House. Juliette en avait signé le bail de location le 19 mai 1863.
  • 5 maiPar testament, Juliette Drouet institue Victor Hugo son légataire universel, et à défaut, les enfants de ce dernier. Elle nomme Victor Hugo son exécuteur testamentaire, et à défaut, Charles, puis François-Victor.
  • 15 juinPremière nuit de Juliette Drouet au 20, Hauteville.
  • 25 juilletElle pend la crémaillère dans sa nouvelle maison.
  • 15 août-26 octobreVoyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.