« 11 juin 1874 » [source : BnF, Mss, NAF 16395, f. 106], transcr. Véronique Heute, rév. Florence Naugrette et Jean-Marc Hovasse, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d10054e483, page consultée le 06 août 2026.
Paris, 11 juin [18]74, jeudi soir, 6 h.
Tu as raison, mon grand adorable bien-aimé, de me recommander la sagesse, la confiance et le calme, pas celui de Langloisa : DU CALME, DU CALME, DU CALME1, mais celui d’une femme qui se sent aimée autant qu’elle aime. C’est ce que je vais mettre en pratique ce soir même en dépit de toutes les favoritesb passées, présentes et futures. Tu verras avec quelle superbe crânerie je supporterai ce nouvel assaut de ton cœur. En attendant je lutte d’amour et de chaleur intérieurec et extérieured. J’ai vu tout à l’heure mon pauvre Louis2 qui va de mal en pire, ce qui commence à m’inquiéter un peu. J’espère, pourtant, que, la jeunesse aidant, avec le repos prochain des vacances, il finira par triompher de tous ses bobos. Jusque-là, il s’impose, non sans regret, la privation de l’honneur de te voir, ce qui est pour lui et pour sa femme un vif chagrin que je comprends et que je partage avec eux. Ces pauvres enfants n’onte vraiment pas de chance. Aussi je les plains autant que je les aime. Je n’ai pas revu Mme Chenay3 ni la Petite Jeanne depuis tantôt, mais je sais que ton Petit Georges va de mieux en mieux, ce qui suffit, avec la certitude de te revoir bientôt, à mon bonheur.
1 Amédée Langlois est connu pour s’emporter facilement lors de ses discours à l’Assemblée. La remarque de Juliette Drouet est donc ironique.
2 Son neveu (Jean-)Louis Koch.
3 Victor Hugo écrit : « Julie a déjeuné avec nous, elle restera jusqu’au 6 juillet et prendra à ma table tous ses repas. » (Carnets manuscrits 1874, 11 juin ; BnF, Mss, NAF 13478, f. 146r et 147r). Victor Hugo l’avait invitée le 5 juin à venir à Paris : « J’écris à Julie de venir quand elle voudra. Je la logerai au rez-de-chaussée de la rue Pigalle qui est à moi jusqu’au 8 juillet. J’y fais porter par Henri Charroin un lit, une table, deux chaises, etc. » (Carnets manuscrits 1874, 5 juin ; ibid., f. 139r).
a « l’Anglois ».
b « favories ».
c « intérieur ».
d « extérieur ».
e « non ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils emménagent rue de Clichy. Elle ignore que la liaison avec Blanche, qui n’est plus à leur service, continue.
- 19 févrierQuatrevingt-treize.
- 29 avrilIls emménagent 21 rue de Clichy.
- OctobreMes fils.
