8 octobre 1835

« 8 octobre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16324, f. 342-343], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9558, page consultée le 24 janvier 2026.

Bonjour, mon cher petit homme adoré, bonjour. Tu n’es pas venu ce matin ni cette nuit, et cependant je ne t’en veux pas, au contraire. Je trouve que tu as bien fait de te reposer, pauvre cher petit homme. Tu étais si fatigué hier, que je te remercie du fond du cœur si tu as pris une bonne nuit et une grande matinée de repos.
Le temps paraît bien maussade ce matin, j’espère qu’il s’éclairera vers le moment où nous aurons besoin de lui. Ma jambe me fait moins de mal ce matin à ce qu’il me semble. J’ai passéa une meilleure nuit que les précédentes. Enfin, je me trouve très bien ce matin, autant que je peux être bien, séparée [de toi ?].
Mon petit homme chéri, mon Toto, je t’ai bien aimé, va, depuis hier, j’ai bien pensé à toi, je t’ai bien chéri. Je t’ai su bon gré d’être revenu me voir un tout petit moment, c’est vrai, mais c’est égal, c’était bien bon de te revoir.
Il paraît que tu as fait une fameuse peur à la bonne, elle en a eu mal à l’estomac à ce qu’elle prétend. Quantb à moi, je consentirais à mourir de peur chaque fois que tu es absent si cette panique me rapprochaitc de toi.
À propos, j’ai mangéd des fameux champignons et toujours sans mal avoir. Décidément, nous sommes devenus d’une fameuse force à l’endroit des champignons et au besoin nous pourrions lire notre rapport à L’ACADÉMIE DES SCIENCES ET BELLES LETTRES. Je garde cela pour le jour de ta RÉCEPTION et pour contribuer à toucher ta part d’ÉMOLUMENTS : et puis je t’aime de toute la force de mon âme, et puis je vais te voir bientôt si le temps ne se gâte pas d’ici là, j’espère que non.


Notes

1 Juliette a joint une feuille d’arbre à sa lettre.

Notes manuscriptologiques

a « passée ».

b « quand ».

c « raprochait ».

d « mangée ».


« 8 octobre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16324, f. 342-345], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9558, page consultée le 24 janvier 2026.

Sois bien tranquille, mon cher petit Toto, jamais femme n’a aiméa comme je t’aime, jamais femme n’a été plus fidèle et plus entière à la seule pensée de son amour.
En te quittant tout à l’heure, je suis revenue par la prairie, non pas pour te désobéir mais parce que mes pieds et mes jambes étaient assez mouillés pour que je ne craigne pas d’entrer dans les marais un peu plus, un peu moins. Et puis je voulais arriver, ayant encore assez de jour, à notre petite station pour pouvoir y écrire le chiffre 8 sous le 62. J’ai parfaitement réussib et je me suis trouvée la plus heureuse femme du monde. D’ailleurs, la pluie qui a commencéc en bas de la montée m’aurait prise beaucoup plus tôt. Ainsi tu vois que j’ai été bien inspirée en prenant la prairie.
Mon bon cher petit homme, jamais je ne t’ai plus aimé, jamais je n’ai été plus heureuse qu’aujourd’hui dans ce moment-là même où la sueur et la pluie me mouillaient le corps à qui mieux mieux. Je pensais à toi, je pensais que je t’avais reconduit presque àd ta porte, je pensais que je te laissais heureux et content, je pensais que tu m’avais promis de revenir bientôt, je pensais que tu m’aimais. Comment veux-tu qu’une femme sente la fatigue et la pluie avec de pareils cordiaux dans le cœur ? Aussi, je te le répète, je t’aime, je suis heureuse, je t’attends. Je n’écris pas ce soir parce que je n’ai qu’une demi-feuillee de papier que je garde pour t’écrire demain matin.


Notes

1 En l’absence d’indication sur le quantième et le mois, la succession des lettres dans le classement de la BnF, les jours de la semaine et heures qui se suivent chronologiquement et le contenu des lettres nous invitent à proposer cette datation.

2 Juliette fait probablement référence au mardi 6 octobre 1835, déjà évoqué dans sa lettre du mercredi 7 octobre (f. 240-241). Peut-être cette date, « 6 octobre 1835 » a-t-elle été inscrite sur un arbre de la forêt où ils se donnaient rendez-vous.

Notes manuscriptologiques

a « aimée ».

b « réussis ».

c « commencée ».

d « presqu’à ».

e « une demie-feuille ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle regrette de ne pas jouer le rôle de la courtisane Tisbe, où elle se reconnaît, dans Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, mais se voit célébrée dans plusieurs poèmes du recueil Les Chants du crépuscule.

  • 28 avrilPremière d’Angelo tyran de Padoue.
  • 25 juillet-22 aoûtVoyage avec Hugo en Normandie et en Picardie.
  • 9 septembre-13 octobreTandis que Hugo séjourne aux Roches, chez les Bertin (du 10 septembre au 12 octobre), Juliette habite encore la petite maison des Metz.
  • 17 octobreLes Chants du crépuscule.
  • 15 novembreNaissance de (Jean-)Louis et Michel-Ernest Koch, neveux de Juliette Drouet.