« 7 octobre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16324, f. 338-339], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9557, page consultée le 24 janvier 2026.
Aux Metz, mardi soir [ [7 octobre 1835 ?]]1, 7 h. 20 m.
Oui, je t’aime ; oui, je t’aime. Je n’ai fait que cela toute cette journée et à
l’heure où je t’écris, j’ai le cœur plein et débordant d’amour. Je t’adore.
Méchant garçon qui me demandiez tantôt si je ne me ferais pas de reproche dans le
cas
où vous seriez malade. Hélas, si ce cas-là arrivait, je ne sais pas si je m’accuserais
mais je sais que je serais plus malade et plus à plaindre que vous.
Vous avez
été bien maussade tantôt, vous m’avez fait bien du chagrin. Avec celui que j’avais
déjà eu dans la journée, c’était trop. Mais tu as été tout à coup si bon et si
ravissant, si tendre et si charmant qu’il n’y a pas eu moyen de conserver aucune
rancune de tous tes crimes. Aussi je ne suis plus indignée. Je t’aime, je suis heureuse, je ne suis presque
plus triste car j’espère que tu viendras cette nuit.
Je suis rentrée à 6 h. 10
m. assez fatiguée de mon genoua,
surtout dans ce moment même où il est en repos et étendu sur une chaise, il me fait
très souffrir ce qui m’oblige à me coucher tout de suite.
Mais avant, venez que
je vous baise, que je vous souhaite le bonsoir, que je vous donne bien de l’amour,
que
je vous prie à genoux de venir cette nuit, que je vous donne mon cœur, mon âme, ma
pensée, ma vie, mon souffle.
Juliette
1 En l’absence d’indication sur le quantième et le mois, la succession des lettres dans le classement de la BnF, les jours de la semaine et heures qui se suivent chronologiquement et le contenu des lettres nous invitent à proposer cette datation.
a « genoux ».
« 7 octobre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16324, f. 340-341], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9557, page consultée le 24 janvier 2026.
Aux Metz, mercredi soir [ [7 octobre 1835 ?]]1, 7 h.
Mon bon cher bien-aimé, tu m’as trouvéea occupée à faire l’une de tes volontésb, celle d’avoir du lait chez moi
chaque fois que je mange des champignons. Ce n’était pas seulement une déférence au
désir que tu m’avais exprimé, c’était le besoin de faire acte que je pensais à toi,
que je ne pensais qu’à toi, c’était le besoin de parler de toi et de prouver à
n’importe quoi ou n’importe qui que je t’aimais, que je t’obéissais, que tu étais
mon
maître bien aimé. Que ce soit le hasard ou la préméditation qui t’ait ramenéc auprès de moi, je le bénis car j’ai pu
te revoir un moment à une heure où j’avais perdud tout espoir de te revoir.
Va, sois sans inquiétude, mon
bien-aimé, je t’aime, je te suis fidèle, je suis dévouée à ta tranquillité autant
qu’à
mon amour, je ne trahirai ni ton amour ni ta confiance.
Depuis que je suis
rentrée, j’ai mis mes affaires en ordre, j’ai taillée mes
plumes, je t’écris et puis je t’aime et puis, et puis c’est toujours la même chose,
je
vous aime, je ne pense qu’à vous, à preuve : 6. octobre
[1835].18352.
Je m’en
vais dîner et je tâcherai de me coucher plus tard qu’à l’ordinaire parce que je ne
dors pas bien depuis que je me couche si tôt. Cela dépendra de ma jambe qui est
toujours bien lourde et bien douloureuse.
J’espère, mon cher petit amoureux, que
si vous sortez ce soir, vous aurez le soin de diriger votre excursion jusque dans
un
certain jardin et que vous aurez l’esprit de frapper un certain petit coup en
prononçant un certain petit nom très charmant ? : Toto.
Alors je vous ouvrirai, alors je serai bien heureuse, alors je vous baiserai bien,
et
puis je vous baiserai encore, et puis je vous baiserai toujours.
1 En l’absence d’indication sur le quantième et le mois, la succession des lettres dans le classement de la BnF, les jours de la semaine et heures qui se suivent chronologiquement et le contenu des lettres nous invitent à proposer cette datation.
2 Le 6 octobre 1835 est un mardi. Peut-être ont-ils inscrit cette date sur un arbre de la forêt où ils se donnaient rendez-vous.
a « trouvé ».
b « volontées ».
c « ramener ».
d « perdue ».
e « taillée ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle regrette de ne pas jouer le rôle de la courtisane Tisbe, où elle se reconnaît, dans Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, mais se voit célébrée dans plusieurs poèmes du recueil Les Chants du crépuscule.
- 28 avrilPremière d’Angelo tyran de Padoue.
- 25 juillet-22 aoûtVoyage avec Hugo en Normandie et en Picardie.
- 9 septembre-13 octobreTandis que Hugo séjourne aux Roches, chez les Bertin (du 10 septembre au 12 octobre), Juliette habite encore la petite maison des Metz.
- 17 octobreLes Chants du crépuscule.
- 15 novembreNaissance de (Jean-)Louis et Michel-Ernest Koch, neveux de Juliette Drouet.
