« 29 septembre 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16327, f. 369-370], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8938, page consultée le 24 janvier 2026.
29 septembre [1836], jeudi matin 10 h.
Si vous aviez la moindre humanité, vous seriez allé ce matin vous informer du sort
de
cette pauvre grande OURSE, vous m’auriez tiré une fameuse épine du cœur. Mais vous
êtes aussi méchant que vous êtes beau, ce qui est cause que je vais souffrir des
impatiences sans fin jusqu’à ce que j’ai trouvéa ou perdub ma
CHÈRE GRANDE OURSE. Heureusement que je me consolerai de
cette perte, par un bonheur que je ne vous dirai pas pour vous punir de la perversité
que vous avez montréec depuis hier.
Je vous aime mon petit Toto. Je vous aime avec toutes vos taquineries et
peut-être même à cause d’elles. Je voudrais que vous fussiez déjà revenu, je ne suis
contente que quand vous êtes là, je ne suis heureuse que quand vousd me tourmentez. Je vous désire, mon
amour bien-aimé.
Juliette
a « trouvée ».
b « perdue ».
c « montré ».
d « vous vous ».
« 29 septembre 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16327, f. 371-372], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8938, page consultée le 24 janvier 2026.
29 septembre [1836], jeudi soir 5 h. ½
Mon cher bien-aimé, vous avez ajouté volontairement une mauvaise chance de plus pour
cette pauvre GRANDE OURSE en ne venant pas. Je ne vous en veux pas, quoique vous
m’ayez causé beaucoup d’impatience et d’ennui. Enfin je vous aime, c’est pour dire
allez que quoi quea vous fassiez
vous êtes excusé dans le fond de mon cœur. Cela ne m’empêche pas de souffrir et d’être
triste, et de trouver que vous ne mettez pas d’empressement à vous retrouver avec
moi.
Il fait froid et triste, encore un peu je me coucheraisb, pour éviter au moins le froid de la
température.
Il me semble mon cher Victor que vous prolongez complaisamment la
répétition. J’ai bien peur que tôt ou tard l’opéra1 ne nous fasse un grand mal, il est vrai que
vous ne paraissez pas le redouter beaucoup. Mais moi qui vous aime comme on n’aime
plus, je suis fort inquiète et fort tourmentée.
Juliette
1 Juliette fait allusion à la Esmeralda, opéra écrit par le poète pour la musicienne Louise Bertin et en cours de répétition : la première aura lieu en novembre.
a « quoique ».
b « coucherai ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.
- JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
- 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
- 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
- 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
- 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
- 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
- 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.
