22 mars 1843

« 22 mars 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16351, f. 249-250], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4250, page consultée le 24 janvier 2026.

Bonjour mon petit Toto bien-aimé, bonjour mon cher amour adoré. Comment vont tes beaux yeux ce matin, mon Toto ? As-tu pris quelque repos cette nuit ? Tu m’as quittée de bien bonne heure hier au soir et moi j’aurais bien voulu rester avec toi toute la nuit. Est-ce que tu avais encore des épreuves à corriger, mon Toto, que tu t’en es allé si vite ? Je serai bien contente quand ta pièce aura paru parce que tu pourras te reposer et parce que j’espère que je pourrai profiter de ton loisir pour t’avoir plus souvent et pour t’aimer plus à mon aise. Cet espoir ne se réalisera peut-être pas plus que tous ceux que j’ai conçusa jusqu’à ce jour ; mais enfin, pendant que j’espère, je prends patience et courage et c’est comme cela que je viens à bout de passer les heures, les jours, les mois et les années à attendre un bonheur qui ne vient pas.
Tu es sans doute occupé aujourd’hui pour la représentation de demain, mon Toto ? Il est clair que si le théâtre avait un directeur intéressé, il serait très facile d’empêcher cette ignoble cabale. Mais dans la pétaudière du Théâtre-Français je crains que tu ne te donnes une peine inutile. Il faut cependant essayer pour n’avoir rien à se reprocher.
Si tu penses, mon Toto, que je ne peux pas aller à la représentation de demain, quel que soit mon désir d’y assister, je me résignerai à rester seule chez moi. Je me mets, comme toujours, à ta disposition. Je sens d’ailleurs que je serai très malheureuse si, comme ce n’est que trop probable, on troublait la représentation. Je m’abandonne tout à fait à ta volonté tout en désirant qu’elle me soit favorable et puis, j’y pense, je porterai peut-être bonheur à la pièce si j’y étais demain soir. J’en suis très capable. Certes, si l’amour le plus pur et le plus dévoué, et l’admiration la plus passionnée peut quelque chose sur la haine et le crétinisme de tes ennemis, je dois les foudroyer demain par ma seule présence. Ceci est une considération qui mérite attention. Et puis je désire être toujours le plus près de toi et tu seras demain soir au théâtre.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « consçu »

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.

  • Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
  • 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
  • 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
  • PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
  • 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.