« 2 octobre 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16328, f. 5-6], transcr. Claudia Cardona, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10068, page consultée le 24 janvier 2026.
2 octobre [1836], dimanche matin, 10 h. ¼
Bonjour mon cher petit trompeur. Je ne vous en veux pas à
vous mais je m’en veux à moi qui ne saurais me passer de vous, à moi qui ne peux pas
manger, si vous ne mangez pas avec moi, à moi qui ne saurais ni dormir, ni veiller,
sans penser à vous et sans vous regretter.
Cette absence m’a d’autant plus
attristée que je ne m’y attendais pas du tout. Ordinairement vous ne vous en allez
que
le dimanche. C’est bien mal à vous d’avoir changé votre jour
ou plutôt c’est très bien car maintenant qu’il y a déjà un jour de passé, je suis
presque sûre de te voir cette nuit tandis que si tu n’étais parti qu’aujourd’hui
j’aurais encore jusqu’à demain à t’attendre et j’aime mieux la souffrance passée que
celle à venir. Je suis sûre au moins de mon courage pour la première tandis que pour
l’autre je ne suis jamais sûre que de toi.
« 2 octobre 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16328, f. 7-8], transcr. Claudia Cardona, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10068, page consultée le 24 janvier 2026.
2 octobre [1836], dimanche soir, 5 h. ¼
Que je suis contente, que je suis gaie, que je suis heureuse, QUEL BONHEUR, je t’aime
tant quand je suis triste, c’est-à-dire séparée de toi, mais il me semble que je
t’aime encore plus quand je suis heureuse, c’est-à-dire quand je suis avec toi. Je
t’aime. Il n’y pas d’autres mots pour dire cela, mais il y a mille manières de le
sentir. Eh bien ! Moi, je les sens toutes et de toute mon âme. Pauvre petit ange,
vous
avez mal à l’œil, vous souffrez tandis que moi, je me porte bien. C’est injuste, car
enfin moi je n’ai rien à faire d’intéressant, je suis une vieille BÊTE, tandis que
vous, vous êtes mon amour et mon grand poète. Il est donc de toute injustice que vous
souffriez.
À peine si j’y vois pour vous embrasser. Dans tous les cas le mal ne
sera pas grand si je mets mes baisers dans votre oreille.
J
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.
- JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
- 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
- 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
- 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
- 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
- 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
- 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.
