9 janvier 1865

« 9 janvier 1865 » [source : BnF, Mss, NAF 16 386, f. 7], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d14749e387, page consultée le 03 mai 2026.

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Bonjour, mon plus que bien-aimé, bonjour, je t’adore. Ton cher petit signal n’est pas encore arboré, mais je ne m’en inquiète pas puisque je sais que tu travailles dans ton lit le matin1. J’espère que tu as passé une bonne nuit et sans aucun temps d’arrêt dans ton sommeil. Et à ce sujet je te supplie de ne pas différer plus longtemps à te faire faire une cheminée à la place de ton dangereux poêlea. Il vaut encore mieux un petit moment de dérangement et d’ennui qu’un état permanent de malaise et d’inquiétude. Je te supplie, mon cher bien-aimé, de faire cela pour moi séance tenante et aujourd’hui même. Tu as tout ce qu’il faut pour cela puisque tu as déjà les maçons chez toi ainsi que Gore qui sera là pour défaire et remettre en place tout ce que tu voudras. C’est le moment d’ailleurs de profiter du temps mou et douceâtre qu’il fait depuis quelques jours. J’espère que tu pousseras la bonté et la complaisance pour moi jusque-là et je t’en remercie d’avance avec tout mon cœur.

Je te remercie aussi des bons conseils que tu m’as donnésb hier à propos de M. et de K.2. Ils sont justes et je tâcherai de les suivre quels que soientc d’ailleurs mes sentiments intérieurs qu’il n’est pas en mon pouvoir de discipliner comme tu le désires surtout du soir au lendemain. Mais enfin, je te le promets de nouveau, mon cher bien-aimé, je ferai en sorte de garder pour moi mes impressions et de ne pas donner prise à l’un plutôt qu’à l’autre entre ces deux citoyens.

Dans ce moment-ci je suis aveuglée non par les ténèbres mais par un soleil ardent qui me darde dans l’œil. La place où je suis n’est pas commode pour l’éviter puisque je suis dans mon lit qu’il occupe tout entier. Cependant je tiens à finir mon gribouillis avant de me lever, quitte à faire toutes sortes de contorsions pour éviter les niches de ce grand taquin. Mais, quoi qu’il fasse, il ne m’empêchera pas de te baiser, de t’aimer et de t’adorer à son nez et à la barbe de ses rayons. Du reste, je crois que toute sa vantarderie matinale fera assez piteuse mine tantôt devant le vent d’ouest et la pluie et que notre pauvre petite promenade sera encore [plusieurs mots illisibles.] aujourd’hui.


Notes

1 Hugo accroche tous les matins un torchon à la balustrade du toit du Hauteville House pour signaler son réveil à Juliette.

2 Kesler et Marquand.

Notes manuscriptologiques

a « poële ».

b « des bons conseils que tu m’as donné ».

c « quelques soient ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

François-Victor Hugo achève son édition des Œuvres complètes de Shakespeare, perd sa fiancée et fuit Guernesey. Son frère Charles se marie. Juliette et Hugo font un long voyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.

  • 14 janvierMort d’Emily de Putron, fiancée de François-Victor.
  • 28 juin-30 octobreVoyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.
  • 17 et 18 octobreMariage de Charles Hugo et Alice Lehaene.
  • 25 octobreChansons des rues et des bois.