« 3 novembre 1841 » [source : BnF, Mss, NAF 16347, f. 87-88], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8019, page consultée le 03 mai 2026.
3 novembre [1841], mercredi soir, 7 h. ½
J’avais voulu mettre ma copie en train avant de t’écrire, mon adoré, ce qui m’a
procuré l’occasion de faire un gribouillis en tête de la pagea et ce qui est cause que je vous écris sur la susdite,
parce que tout est assez bon pour vous. Je vous dis que vous êtes un scélérat qui
empêchez tout le monde de TRAVAILLER tandis que vous perdez votre temps à ne rien faire. Voime voime, c’est bien vrai bien vrai. Taisez-vous
et baisez-moi.
On vient de m’apporter tout à l’heure une lettre de Mme Krafft, sans
doute au sujet des fauteuils, mais je me range de votre avis et je n’en userai pas
même quand le sieur Jourdain devrait ne
m’envoyer les miens que dans six mois1. Je ne dois pas vouloir pour moi ce que vous refusez pour vous,
voilà qui est dit.
Dites donc, Toto, je n’ai plus qu’un mois et vingt-sept
jours2 et ce diable de Barbedienne qui ne se dépêche pas3. C’est que je suis très pressée de jouir, moi, ia ia monsire matame, il est son sarme à mamzelle
Chi Chi. Mais sois tranquille, mon Toto
bien-aimé, j’économiserai bien dans mon petit ménage pour que cette dépense ne te
retombe pas en plein sur le dos. Ce sera une double joie pour moi que de coopérer
par
un soin de tous les jours et de tous les instants à la possession de ce que je désire
le plus au monde après toi. Embrasse-moi, mon amour chéri, et viens bien vite.
Lorsque je vous permets de passer dans le coin quand il y aura du monde plein la
chambre, il faut que les bons exemples aient de la publicité. Viens-y, pôlisson, et
tu
verras de quel fagot je me chauffe. Baise-moi, vilain monstre, et reviens tout de
suite après avoir lu ce fouillis et je te pardonne tous tes trimes. J’ai lu, j’ai lu, QUEL BONHEUR4 ! Je vais joliment copier tout à l’heure, SOILLIE
tranquille et aime-moi.
Juliette
1 Depuis le 29 octobre, Juliette se plaint de douleurs au coccyx à cause d’une chaise inconfortable. Elle veut donc commander à Jourdain de nouveaux fauteuils qu’elle recevra le 6 novembre.
2 Juliette parle d’une petite boîte à tiroirs qu’elle réclame depuis le début de l’année, et que Hugo a promis de lui offrir pour le nouvel an. Cela fait quelque temps qu’elle fait ainsi le décompte des jours qui la séparent encore de ce cadeau tant attendu qu’elle recevra finalement en avance le 19 novembre.
3 Ferdinand Barbedienne (1810-1892) : industriel français, connu pour sa fonderie de bronze de reproduction d’art. Il réalise un buste que Juliette recevra enfin de Hugo le 29 novembre. Dans sa transcription d’une lettre de novembre 1841, Jean-Marc Hovasse émet l’hypothèse qu’« il s’agit très vraisemblablement d’un buste en bronze, lauré ou non, par David d’Angers, fondu par F. Barbedienne. Certains laurés sont datés de 1842, d’autres, sans laurier, sont sans date ».
4 Hugo est en train de terminer l’immense conclusion du Rhin.
a Il y a en effet quelques mots raturés écrits tout en haut de la première page.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle assiste à la réception de Hugo à l’Académie Française.
- 7 janvierÉlection à l’Académie française.
- 3 juinRéception à l’Académie française.
- Juillet-octobreVillégiature à Saint-Prix.
