« 7 novembre 1841 » [source : BnF, Mss, NAF 16347, f. 95-96], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8023, page consultée le 04 mai 2026.
7 novembre [1841], dimanche matin, 10 h. ½
Bonjour mon Toto bien-aimé, bonjour mon Toto chéri. J’étais bien souffrante hier,
mon
Toto, et par contrecoup bien maussade, mais tu ne m’en veux pas, n’est-ce pas, mon
adoré ? Je t’assure que je souffrais réellement beaucoup. J’ai éteint ma lampe toute
de suite après que j’ai été couchée et je me suis endormie. Cela m’a fait du bien
et
ce matin je me sens mieux1. Je copierai tout à l’heure et je tâcherai de finir tout mon TRAVAIL
afin que tu puissesa réparer ma bévue
et donner de la besogne à tes imprimeurs2. Ma Clairette est à la
grand-messe, elle ne doit pas avoir très chaud, tant s’en faut. La pauvre fillette
voudrait bien venir tous les quinze jours comme toutes les autres péronnelles mais
la
nécessité de déranger Lanvin, mais les
omnibus, tout cela sont de graves obstacles que je ne me charge pas de lever.
D’ailleurs, elle est assez raisonnable maintenant et elle entend assez bien la raison
pour comprendre la presque impossibilité de sortir tous les quinze jours. Sur ce,
baisez-moi.
Je n’ai plus qu’un mois et 23 jours3 et j’ai de très beauxb fauteuils, bien plus beaux encore au jour. Ils sont ravissants et
le Jourdain n’a pas floué un seul
morceauc car j’avais tout
calculé, et en utilisant tous les morceaux, c’était tout ce qu’on pouvait faire :
cinq
fauteuils4. Ah ! mon Dieu ! ah ! mon Dieu ! ah ! mon Dieu ! Je ne
sais plus où j’en AI, voilà la bague qu’on m’apporte qui est vraiment admirable5. Elle coûtera 40 F. au juste et même on avait bonne envie de
m’en demander 45 F., mais je me suis prévalue du premier
prix et ce sera ce que je te dis. J’ai en outre le petit morceau d’acier que je
garderai comme souvenir toute ma vie. Merci mon Toto chéri, merci mon adoré petit
homme. Il me semble qu’avec l’argent de la malle6 et du
tapis, tu pourras couvrir une bonne partie de cette dépense inattendued. Pour que mon bonheur soit complet,
il faudrait que cela ne te coûte pas une fatigue, pas une veille, pas un regret. Quel
dommage qu’on n’échange pas son sang contre de l’or, je ferais souvent trafic du mien
chaque fois qu’il s’agirait de t’épargner une fatigue ou un ennui. Hélas ! ça ne se
peut pas et je ne peux que t’aimer de toute mon âme.
Juliette
1 Juliette avait très mal à l’œil la veille.
2 Juliette copie la Conclusion du Rhin, que Hugo transmet au fur et à mesure à ses imprimeurs.
3 Juliette réclame depuis le début de l’année une petite boîte à tiroirs, que Hugo a promis de lui offrir pour le nouvel an. Elle la recevra finalement en avance le 19 novembre.
4 Depuis le 29 octobre, Juliette se plaint de douleurs au coccyx à cause d’une chaise inconfortable. Elle a donc commandé à Jourdain de nouveaux fauteuils.
5 Juliette voulait faire faire une bague à Hugo qui porte son nom. Néanmoins, il semblerait qu’il en attendait aussi une autre avec ses armoiries et que finalement, Juliette devait s’occuper des deux (voir les lettres du 22, 23 et 27 octobre).
6 S’agit-il de l’« affreuse malle vermoulue » que Juliette a transformée en « un charmant petit coffret en tapisserie » et qu’elle a donnée à Hugo début septembre ?
a « puisse ».
b « beau ».
c « morceaux ».
d « inatendue ».
« 7 novembre 1841 » [source : BnF, Mss, NAF 16347, f. 97-98], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8023, page consultée le 04 mai 2026.
7 novembre [1841], dimanche après-midi, 2 h.
J’ai fini, mon Toto, il n’y a plus qu’à mettre en ordre les feuilles mais c’est toi
qui arrangeras cela. C’est toujours admirablement beau, mon amour, et je voudrais
pouvoir t’exprimer mon admiration comme je la sens, mais à l’impossible nul n’est
tenu
et Juju moins qu’un autre.
J’ai un mal de tête fou par exemple, et il n’est pas
sûr que je ne vomisse pas mon déjeuner tout à l’heure. Peut-être aussi me coucherai-je
car j’ai un de ces frénétiques mauxa de
tête comme il m’en arrive quelquefois. Du reste, je suis ravie d’être venueb à bout de copier jusqu’à la fin mon cher
petit manuscrit et je défends à mamzelle
Didine d’y fourrer une seule pattec de mouche si elle ne veut pas avoir la mienne sur le nez1. Voilà mon ULTIMATUM, attrape ce latin-là en
passant, pôlisson, et dis m’en des bonnes nouvelles2.
J’ai une bague
monumentale mais je ne l’ai pas encore montrée à Claire, j’attends que je sois débarbouillée pour la lui montrer. J’ai
cependant comme un remords de t’avoir forcé à faire cette dépense dans un moment si
peu opportun. Mon Toto bien-aimé, si tu m’en crois, nous vendrons quelque chose qui
ne
me sert pas et nous couvrirons cette petite folie de cette manière. Je t’en prie,
je
t’en prie, je t’en prie. Je t’aime, mon Victor bien-aimé, je t’aime de toutes mes
forces, de tout mon cœur et de toute mon âme. Je t’attends pour te le prouver dans
un
million de baisers.
Juliette
1 Juliette est souvent en concurrence avec Léopoldine Hugo dans sa copie des œuvres de Hugo.
2 Hugo taquine sans cesse Juliette sur son « latin de cuisine ».
a « mal ».
b « venu ».
c « pattes ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle assiste à la réception de Hugo à l’Académie Française.
- 7 janvierÉlection à l’Académie française.
- 3 juinRéception à l’Académie française.
- Juillet-octobreVillégiature à Saint-Prix.
