16 novembre 1838

« 16 novembre 1838 » [source : BnF, Mss, NAF 16336, f. 150-151], transcr. Élise Capéran, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3441, page consultée le 24 janvier 2026.

Bonjour mon cher bien aimé, bonjour mon adoré petit homme. Je ne vous embrasse pas pour ne pas vous embabouiner1 votre jolie petite GEULE. La mienne est dans état hideux ce matin, je ferais reculer Matalobos2 lui-même. A propos de cela, je n’ose me permettre d’assister à la [neuvième ?] représentation de ce soir. Cependant je vous écris tout de suite une grosse lettre à tout événement. C’est un en-cas complet3.
Je me suis levée tard aujourd’hui, sans savoir pourquoi car lorsque vous n’êtes pas dans mon dodo, je m’y ennuie même en dormant. J’attribue à la fièvre que j’avais cette espèce de léthargie absurde. Je vais écrire à cette pauvre Mme Guérard pour la rassurer. Après je prendrai un peu de café, et je m’habillerai toujours EN-CAS.
Je voudrais bien savoir, mon bijou, comment vont tes yeux ce matin, cela me taquine que tu ne veuilles pas emporter de ton eau. Je crains que ce ne soit par défiance, ce qui serait bien injuste et bien féroce pour moi, et pour tes chers beaux yeux adorés ? Au reste, il faut te laisser faire même les bêtises qui te sont les plus préjudiciables, parce que plus je te presse, plus je te sollicite de prendre soin de toi, et moins tu fais. Papa est bien i.
Vous devriez bien venir faire un tour par chez moi tout à l’heure mon Toto, j’ai besoin de vous voir et, quoique je ne sois levée que depuis un moment, la journée m’apparaît déjà mortellement longue. Je vous aime trop mon cher petit homme, je sens les minutes de votre absence comme autant d’années, je suis triste et maussade quand vous n’y êtes pas, comme si je devais être un mois sans vous revoir. Un mois ? Oh mon Dieu, ce ne serait pas triste que je serais, mais folle ou morte. Je t’aime trop.

Juliette


Notes

1 Néologisme formé à partir de babouin, mot patoisant désignant l’herpès labial.

2 Personnage de brigand farouche dans Ruy Blas.

3 Citation de Ruy Blas : don César, à l’acte IV, découvre de la nourriture dans la maison où il vient d’entrer par la cheminée.

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle est engagée au Théâtre de la Renaissance, où le rôle de la Reine dans Ruy Blas, écrit pour elle, lui échappe.

  • Janvier-févrierReprise d’Hernani à la Comédie-Française (les 20, 23, 25, 27, 29 et 31 janvier et les 6, 9, 12, 18, 21, 23 février).
  • MarsReprise de Marion de Lorme à la Comédie-Française (les 8, 10, 12, 15, 17, 20).
  • 25 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, toujours avec Mlle Noblet, mais avec Mlle Rabut dans le rôle de Catarina. Dans cette distribution, la pièce est jouée les 7, 11, 14 et 19 août 1838, le 2 septembre 1838, les 7 et 15 février, le 6 mars et le 6 mai 1839, puis encore une fois le 2 décembre 1841.
  • MaiAnténor Joly, directeur du Théâtre de la Renaissance, engage Juliette Drouet.
  • 12 aoûtHugo lit Ruy Blas achevé à Juliette.
  • 18-28 aoûtVoyage avec Hugo en Champagne. Le 19 août, Adèle Hugo adresse une lettre à Anténor Joly pour le dissuader de confier le rôle de la Reine à Juliette Drouet.
  • 8 novembrePremière de Ruy Blas au Théâtre de la Renaissance. Louise Beaudoin joue le rôle de la Reine.