« 14 novembre 1838 » [source : BnF, Mss, NAF 16336, f. 146-147], transcr. Élise Capéran, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3439, page consultée le 25 janvier 2026.
14 novembre [1838], mercredi, midi ½
Bonjour mon cher petit bien-aimé, bonjour mon adoré petit homme. Je suis bien fâchée
que depuis deux jours vous n’ayez pas eu d’eau pour vos yeux, à cause de votre
entêtement et de votre esprit soupçonneux, car il y a autant de l’un que de l’autre ;
pendant ce temps vos pauvres yeux travaillent et souffrent, sans avoir rien pour les
soulager. Oh ! C’est très spirituel, je vous conseille de vous en vanter, il n’y a
pas
de quoi. Je devrais vous gronder encore bien plus fort pour vous corriger de me faire
des promesses que vous ne tenez jamais, et pour vous donner plus de soin de la santé
de votre chère petite personne qui n’en est que plus adorable, en dépit de votre
méchanceté.
J’ai mal à la tête, mon petit bien aimé, et je n’ose pas compter sur
ma soirée pour le dissiper. La chaleur du lustres et les vapeurs de toute la salle
ne
sont pas faits pour cela, trop heureuse encore si ma résignation et mon obéissance
ne
tournent pas contre notre tranquillité, c’est-à-dire contre mon bonheur, car je n’en
ai pas d’autre que de te savoir tranquille et confiant.
J’ai envoyé les billets
aux Lanvin, et même ceux de penaillon parce qu’il est probable qu’elle ne serait
pas venue du tout. Maintenant j’attends ma fameuse MARMOTTE dont tu m’as fait cadeau
hier au soir. Je l’entends tout à fait ainsi car jamais je n’aurais osé dépenser 20 F.
pour un si petit besoin. C’est donc vous, vous seul, mon bien-aimé, qui m’en avez
fait
la galanterie. Merci mon petit homme, merci vous êtes charmant. Soyez aussi tranquille
que je vous suis fidèle, aussi heureux que je vous aime, et je ne désire plus rien
de
ce monde-ci ni de l’autre.
À ce soir mon petit homme, car je n’ose pas espérer
que tu viendras auparavant. Je vais bien penser à toi en t’attendant, et t’aimer de
toute mon âme. Vous m’avez donné une bien bonne soirée hier, quand me donnerez-vous
le
pendant dans la vallée de Bièvres ? Il y a bien longtemps que vous me l’avez
promis.
Je vous aime.
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle est engagée au Théâtre de la Renaissance, où le rôle de la Reine dans Ruy Blas, écrit pour elle, lui échappe.
- Janvier-févrierReprise d’Hernani à la Comédie-Française (les 20, 23, 25, 27, 29 et 31 janvier et les 6, 9, 12, 18, 21, 23 février).
- MarsReprise de Marion de Lorme à la Comédie-Française (les 8, 10, 12, 15, 17, 20).
- 25 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, toujours avec Mlle Noblet, mais avec Mlle Rabut dans le rôle de Catarina. Dans cette distribution, la pièce est jouée les 7, 11, 14 et 19 août 1838, le 2 septembre 1838, les 7 et 15 février, le 6 mars et le 6 mai 1839, puis encore une fois le 2 décembre 1841.
- MaiAnténor Joly, directeur du Théâtre de la Renaissance, engage Juliette Drouet.
- 12 aoûtHugo lit Ruy Blas achevé à Juliette.
- 18-28 aoûtVoyage avec Hugo en Champagne. Le 19 août, Adèle Hugo adresse une lettre à Anténor Joly pour le dissuader de confier le rôle de la Reine à Juliette Drouet.
- 8 novembrePremière de Ruy Blas au Théâtre de la Renaissance. Louise Beaudoin joue le rôle de la Reine.
