« 22 décembre 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16328, f. 263-264], transcr. Claudia Cardona, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10194, page consultée le 24 janvier 2026.
22 décembre [1836], jeudi midi
Bonjour, toi que j’aime, si tu veux ma pensée, elle est à toi ; si tu veux ma vie,
elle est à toi ; si tu veux mon âme, elle est à toi ; et tu ne voudrais rien de ce
que
je t’offre que ce serait encore à toi, toujours à toi, parce que je ne peux pas
m’empêcher de t’appartenir toute entière.
Ah ça, vous savez que notre marché
tient toujours ? NORMAND QUI S’EN DÉFEND. D’abord, moi, j’ai besoin de beaucoup
d’argent d’ici au jour de L’AN dont je NE DEVRAI AUCUN COMPTE, aussi je me VENDSa et pas trop cher comme vous pouvez en
juger. Je crois même que j’y PERDS.
Dieu, quel affreux temps, c’est à peine si
j’y vois pour t’écrire. Il n’y a pas moyen d’aller au bois de ce temps là avec toute
la bonne volonté possible.
J’ai envoyéb chercher ma robe. Elle me paraît bien arrangée, ainsi que mon
mantelet, mais j’ai besoin d’ESSAYER tout cela pour en être sûre.
Mon cher petit
homme comme je viens d’épuiser tout MON ESPRIT, vous trouverez bon que je me serve
de
mon cœur pour finir la lettre, parce que lui, il est inépuisable et vous aime sans
fin, il vous aime en tout temps et tous lieux, il vous aime de toutes les afflictions
à la fois, ce qui exclut la MONOTONIE, enfin il met ma bouche à vos pieds et sur vos
pieds par amour.
Juliette
a « vend ».
b « envoyer ».
« 22 décembre 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16328, f. 265-266], transcr. Claudia Cardona, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10194, page consultée le 24 janvier 2026.
22 décembre [1836], jeudi soir, 4 h. ¼
Mon cher petit homme, je vous soupçonne d’avoir été sournoisement à la réception de M. Guizot1. S’il était vrai, je vous MAUDIRAIS ! Et puis je vous donnerais
d’autant des coups que vous avez de cheveux BLANCS sur votre vieux crâne, en supposant
que je vive assez longtemps pour cela. Si vous n’êtes pas, comme je le crois, à cette
réception, d’où vient que vous n’êtes pas venu me faire prendre un peu l’air pour
m’empêcher d’avoir mal à la tête tous les jours sans relâche ?
J’ai vu la
propriétaire tout à l’heure, elle venait chercher le bail signé, elle prétend qu’il faut qu’il soit avant le 30 de
ce mois. Je le lui ai promis, je vais écrire pour cela à Lanvinafin qu’il ait à venir le plus vite possible.
Je vous aime malgré tous les
tours que vous me jouez tous les jours. Sur l’air LE
BIEN-AIMÉ NE REVIENT PAS. Si vous continuez sur ce ton, je vous répondrai sur
celui-ci : ÇA M’EST ÉGAL QUAND IL ARRIVE, ÇA NE ME FAIT RIEN QUAND IL S’EN VA. HA !
De cette façon nous serons parfaitement D’ACCORD, bête que vous êtes, de ne pas
m’aimer mieux. VIELLE2 BÊTE que je
suis de vous aimer, tant il n’y a peu à dire. Il faut que je vous embrasse de toute
mon âme, je ne peux pas faire autrement, ça m’étoufferait sans cela. À bientôt joli
CANDIDAT3.
1 Ce jour-là, François Guizot est reçu à l’Académie Française au fauteuil 40 où il avait élu en avril, succédant au comte Destutt de Tracy. Le comte de Ségur répond à son discours.
2 L’erreur est volontaire.
3 Hugo est candidat à l’Académie Française, où il ne sera élu qu’en 1841.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.
- JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
- 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
- 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
- 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
- 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
- 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
- 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.
