« 5 novembre 1846 » [source : MVH, α 7814], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1300, page consultée le 27 janvier 2026.
5 novembre [1846], jeudi matin, 8 h. ¾
Bonjour mon aimé, bonjour mon Toto adoré, bonjour mon cher amour, es-tu déjà en
route ? J’ai une peur de chienne qu’on ne te retienne à déjeuner là-bas. Si cela était
je crois que je ne m’en consolerais pas car j’ai trop peu d’occasions d’être avec
toi
pour ne pas regretter amèrement et à tout jamais celles qui m’échappent. J’ai encore
le temps d’avoir ces craintes jusqu’à midi. Trop heureuse si après avoir été bien
malheureuse en prévision, je ne le suis pas en réalité après cette heure-là. J’ai
très
mal à la tête, cela tient à bien des causes que je connais et que ton prompt retour
dissipera certainement. En attendant, je fais bonne contenance le plus que je peux.
J’espère que tu n’auras pas froid pour revenir ce matin et que tu auras eu la
précaution d’emporter ton gros paletot ? Il est vrai que partant hier dans
l’après-midi, et par un soleil admirable, vous êtes assez imprévoyant pour avoir
oublié qu’il vous faudrait revenir par une matinée noire humide et froide. Je vous
ferai du feu si vous avez froid en arrivant mais cela ne vous aura pas empêché de
souffrir pendant 2 ou 3 heures. Taisez-vous vilain insouciant, il faudrait toujours
vous surveiller comme un enfant, vous mettre vos mitainesa et vous moucher. Taisez-vous et ne regardez pas tant les belles dames ça fait que vous
n’oublierez pas l’essentiel.
Juliette
a « mittaines ».
« 5 novembre 1846 » [source : MVH, α 7815], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1300, page consultée le 27 janvier 2026.
5 novembre [1846], jeudi après-midi, 1 h. ½
Hélas mon Toto, mes craintes n’étaient que trop bien fondées, comme tu vois. Il était
en effet presque impossible d’espérer qu’une fois qu’on te tiendrait on ne te
lâcherait avec cette facilité. L’événement l’a trop bien prouvé. Je te sais bon gré
d’avoir eu cette bonne intention de déjeuner avec moi quoique je n’en aie pas
profitéa. Je te remercie d’y
avoir songé, je t’aime d’avoir voulu me faire ce bonheur malgré la difficulté
insurmontable qui devait s’opposer à son exécution. J’espère que tu seras revenu pour
ce soir. Si cela n’était pas je ne sais pas ce que je deviendrais car j’ai mis tout
mon courage, toute ma patience à l’œuvre pendant ces dernières vingt-quatre heures.
J’irai t’attendre chez Mlle Féau. Dieu veuille que ce ne soit pas inutilement.
J’ai un mal de
tête fou. Je ne sais pas ce que je t’écris et j’y vois à peine tant les douleurs sont
aiguës. J’aurais peut-être dû attendre qu’elles soient un peu calmées, mais d’un autre
côté j’ai besoin de me rabibocher de ma déconvenue de ce
matin par un peu de tendre gribouillage. Aussi je m’en donne à cœur que-veux-tu sans
me soucier de l’état de ma pauvre cervelle. Tant pis pour elle si elle n’a pas le
sens
commun. Je t’aime, j’ai besoin de te le dire et je te le dis n’importe comment. Tâche
de ne pas me laisser morfondre à t’attendre pour rien chez cette fadasse et insipide
Mlle Féau. Je t’en prie, je t’en supplie autant que je
te baise et que tu es mon adoré.
Juliette
a « profiter ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
sa fille Claire meurt de la tuberculose. Le père biologique, James Pradier, et le père adoptif, l’accompagnent dans ce deuil. Celui-ci libère Hugo du blocage qui l’empêchait de se rendre sur la tombe de Léopoldine, où il se rend pour la première fois depuis trois ans.
- 28 marsCrise nerveuse de Claire.
- 1er-5 juinHugo, à la Chambre des Pairs, participe au procès de Pierre Lecomte, auteur d’un attentat manqué contre le roi. Lecomte sera guillotiné.
- 2 juinJuliette et sa fille s’installent à Auteuil, 56 rue de la Fontaine, dans un appartement que leur loue Pradier. Il refuse de louer un appartement plus confortable pourtant disponible dans le même immeuble.
- 21 juinMort de Claire Pradier.
- 23 juinEnterrement de Claire Pradier au cimetière d’Auteuil.
- Juin-juilletVictor Vilain réalise un buste en terre cuite de Juliette.
- 11 juilletAprès la découverte des dernières volontés de Claire, son corps est exhumé et transféré au cimetière de Saint-Mandé.
- 1er-2 aoûtVictor Hugo et Juliette partent en excursion le samedi toute la journée, et le dimanche matin, et prennent le chemin de fer.
- 25-28 septembreSéjour en Normandie, à Caudebec et Villequier.
