« 6 novembre 1846 » [source : MVH, α 7816], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1301, page consultée le 27 janvier 2026.
6 novembre [1846], vendredi matin, 9 h.
Bonjour, mon Toto, bonjour mon cher petit pionceur, bonjour vous, bonjour toi.
Comment que ça va ce matin ? Moi ça va trop bien parce que je vous aime et que je
sais
que j’aurai l’honneur de chiquer1 avec vous un bon déjeuner. N’oubliez pas s’il vous plaît que j’ai
dînéa hier à 11 heures et que cela
fera juste 17 heures d’intervalle entre ma dernière et ma
première bouchée. Déjà mon estomaque commence à battre le rappel. Pour peu que vous
soyez exact comme à votre ordinaire, je suis capable de crever de faim avant votre
arrivée.
Sans égard pour le vendredi j’ai allumé mon poêle aujourd’hui en votre
honneur. Jusqu’à présent j’avais résisté à toutes les sollicitations du froid et des
rhumatismes, mais aujourd’hui j’ouvre toutes les bouches de chaleur y compris la
mienne pour vous faire un bon accueil et digne d’un cher petit ver à soie comme vous.
À propos de vers à soie, je voudrais bien que ceux que vous me donnez ne soient
pas tout à fait à l’état hiéroglyphique. N’étant pas très champollione de ma nature,
je n’en peux pas déchiffrer un traître mot. Si cela s’appelle avoir des vers à soi
merci, c’est un peu illusoire. Baisez-moi cher petit scélérat et pioncez jusqu’à
l’heure de votre déjeuner mais pas plus tard.
Juliette
1 « Manger », en langue populaire.
a « dîner ».
« 6 novembre 1846 » [source : MVH, α 7817], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1301, page consultée le 27 janvier 2026.
6 novembre [1846], vendredi après-midi, 2 h. ¾
C’était bien la peine vraiment de me faire dépêcher à ce point pour me laisser là
à
vous attendre, n’est-ce pas vieux bâton ? Il eût été plus simple de me dire l’heure
au
juste à laquelle vous seriez prêt et puis me laisser faire mes affaires à mon aise.
Mais cela vous aurait paru trop classique et vous avez
préféré votre manière et me faire attendre accrochée à un clou. Le fait est que ce
genre est plus pittoresque que l’autre, s’il n’est pas plus amusant.
[illis.] ? Comme je bougonne bien et comme je saisis le joint avec adresse et
enthousiasme ? Vous voudriez en faire autant que vous ne sauriez pas comment vous
y
prendre. Mais moi ! Comme cela coule de source et comme je vous ragotea cela sans avoir l’air d’y toucher !
Voilà ce que c’est que d’être de la bonne école, on s’en ressent toujours à preuve
que
je m’aperçois que voilà déjà une heure que vous êtes parti, tout de même je bisque et je vous ficherais de bons coups si je vous tenais
pour vous apprendre à abuser de ma crédulité et de ma patience à ce point. Comme je
ne
vous ai pas, je me contente de vous tirer la langue et de vous appeler par tous vos
noms les plus impropres homme de lettres, pair de France, académicien et
farfioteur1.
Juliette
1 Homme qui a affaire aux « fafiots » : écrivain, banquier. Fafiots : terme d’argot désignant des papiers, des billets.
a « ragotte ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
sa fille Claire meurt de la tuberculose. Le père biologique, James Pradier, et le père adoptif, l’accompagnent dans ce deuil. Celui-ci libère Hugo du blocage qui l’empêchait de se rendre sur la tombe de Léopoldine, où il se rend pour la première fois depuis trois ans.
- 28 marsCrise nerveuse de Claire.
- 1er-5 juinHugo, à la Chambre des Pairs, participe au procès de Pierre Lecomte, auteur d’un attentat manqué contre le roi. Lecomte sera guillotiné.
- 2 juinJuliette et sa fille s’installent à Auteuil, 56 rue de la Fontaine, dans un appartement que leur loue Pradier. Il refuse de louer un appartement plus confortable pourtant disponible dans le même immeuble.
- 21 juinMort de Claire Pradier.
- 23 juinEnterrement de Claire Pradier au cimetière d’Auteuil.
- Juin-juilletVictor Vilain réalise un buste en terre cuite de Juliette.
- 11 juilletAprès la découverte des dernières volontés de Claire, son corps est exhumé et transféré au cimetière de Saint-Mandé.
- 1er-2 aoûtVictor Hugo et Juliette partent en excursion le samedi toute la journée, et le dimanche matin, et prennent le chemin de fer.
- 25-28 septembreSéjour en Normandie, à Caudebec et Villequier.
