7 septembre 1836

« 7 septembre 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16327, f. 296-297], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8917, page consultée le 24 janvier 2026.

Combien je suis fâchée, mon pauvre bien-aimé, de cette bévue puisqu’elle t’a contrarié. Quanta à moi, ce n’est que par réflexion que j’en ai été affligée, car je sais bien, moi, que personne de ceux qui m’approchent ne peutb avoir de toi que l’opinion que j’en ai. C’est-à-dire : que tu es l’homme le plus noble, le plus généreux et le plus dévoué qu’il y aitc au monde. Va mon pauvre bien-aimé, je suis bien sûre de ce que j’avance, car c’est mon âme à travers laquelle je les fais te regarder.
Tu t’es enfui, mon pauvre sauvage, sans que je puisse deviner si tu viendrais au moins me dire un petit bonsoir. Peut-être es-tu encore contrarié ? Cependant je t’aime, cependant je te désire, cependant je voudrais te donner ma vie. Voici qu’on entre. Je voudrais que ce soit toi, mais non, il faut que j’attende encore.
Mme Lanvin est partied, ma fille et Suzette viennente de rentrer de leur spectacle. En les attendant, j’ai rangé dans la maison. Je vais coucher ma petite. Mais que je te dise mon amour que je t’aime et que je t’aime.

J.


Notes manuscriptologiques

a « Quand ».

b « peuvent ».

c « est ».

d « parti ».

e « vienne ».


« 7 septembre 1836 » [source : Collection particulière / MLM / Paris, 38864], transcr. Gérard Pouchain annotée par Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8917, page consultée le 24 janvier 2026.

Pauvre petit homme, allez, vous êtes une bête. Vous avez troublé le plaisir que j’avais à vous montrer la robe de notre POUPÉE1. Une autre fois je serai plus sur mes gardes car je tiens surtout à ne pas vous chagriner. Mon Victor adoré, ne te défie pas de moi ni de ceux qui m’entourent. Je t’aime trop, je te dois trop. Je suis trop à genoux devant toi pour que ceux-là qui me voient et m’entendent ne t’aient pas dans une grande admiration et une vénération profonde. Depuis que tu m’as quittéea je suis triste parce que je crains que tu m’aies conservé uneb espèce de ressentiment de mon étourderie. Je ne sais pas ce que je ne donnerais pas pour que cela ne soit pas arrivé, quoiquec je sache bien qu’il n’y a aucun inconvénient. Vous voyez, mon petit Toto que j’emploie bien le papier que vous me laissez. Cela n’empêche pas qu’il n’y aitd encore plus d’amour dans mon cœur que dans mes paroles et plus de tendresses dans mon amour que dans toutes les pattes de mouches que je fais courir les unes après les autres.

J.


Notes

1 Juliette a donné une de ses robes pour confectionner celle de la communion de Léopoldine à Fourqueux, où les Hugo sont en villégiature depuis l’été.

Notes manuscriptologiques

a « quitté ».

b « un ».

c « quoi que ».

d « est ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.

  • JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
  • 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
  • 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
  • 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
  • 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
  • 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
  • 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.