« 8 septembre 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16327, f. 298-299], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8918, page consultée le 24 janvier 2026.
8 septembre [1836], jeudi matin, 11 h.
Aussitôt pris aussitôt pendu, mon cher petit homme. Hé bien ! vous avez bien fait,
puisqu’il fallait que vous la portassiez un jour ou l’autre, cette célèbre robe1. Mais à présent que vous avez
fait votre commission, mon cher adoré, vous devriez revenir tout de suite. Car j’ai
bien besoin de vous voir et il y a trop longtemps que j’ai ce besoin non satisfait.
Ma fille est retournée de ce matin à la pension. Je suis par conséquent tout à
fait seule. Je n’en suis pas plus gaie je t’assure.
Il fait un temps affreux, il
tonne à faire trembler la meilleure conscience. Cependant si tu étais là, je le dis
en
demandant pardon à Dieu, mais je n’aurais pas peur du tout. Tu as sans doute oublié
la
fameuse averse de Jouy2. Mais moi j’en ai le souvenir présent comme si c’était
hier. Jamais je ne t’ai plus aimé que dans ce moment-là, et depuis je n’ai fait que
t’aimer davantage. Mon cher petit homme chéri pense à moi, reviens vite, je t’aime
plus que je ne puis dire, vois-tu, et j’ai bien besoin de te voir pour dissiper cette
tristesse dans laquelle tu m’as laisséea.
Juliette
1 Il s’agit certainement de la robe de communiante de Léopoldine, préparée par Juliette et évoquée dans plusieurs lettres de la fin du mois d’août. La communion se fait le jour même à Fourqueux.
2 Souvenir du 24 septembre 1835, aux Metz, près de Jouy-en-Josas, un jour d’orage où les amants se retrouvèrent sous « L’arbre où dans les baisers leurs âmes confondues / Avaient tout oublié ! » (Tristesse d’Olympio).
a « laissé ».
« 8 septembre 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16327, f. 300-301], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8918, page consultée le 24 janvier 2026.
8 septembre [1836], jeudi soir, 6 h. ¼
Il paraît, mon cher adoré, que je ne dois plus espérer te voir que cette nuit, et
encore… Je répète toujours la même chose, c’est un peu monotone si par hasard tu me
lis. Mais je te réponds que de mon côté, d’être depuis 4 ans bientôt soumise au même
régime, ATTENDRE, c’est bien triste. J’ai bien de la peine à
ne pas te désirer et à me résigner au rôle d’abandonnée ou à peu près. Car il est
certain que tu ne reviens auprès de moi que lorsque tes propres affaires te rappellent
à Paris. J’ai le cœur gros, je ne comprends pas que tu ne sentes pas et que tu
n’éprouves pas les mêmes tourments et les mêmes angoisses que moi. Décidément c’est
une triste chose que d’aimer trop. Aussi je vais me jeter à corps perdu dans le
travail, ce sera un moyen de forcer ma pensée à s’occuper d’autre chose que de me
tourmenter comme je le fais.
J’ai entendu crier par les vendeurs de papier la
formation définitive du ministère. Nous verrons si tu obtiendras ce que tu crois et
qu’on te doit bien légitimement. Dans tous les cas la Porte Saint-Martin est toujours
là pour moi. Ce sera un pis-aller dont il faudra bien que j’use1.
Il fait un froid
très vif ici. Si tu viens cette nuit comme je l’espère couvre-toi bien. Je t’aime
mon
Victor mais je suis trop triste.
À ce soir.
Juliette
1 Juliette n’a pas joué depuis trois ans, et ne rejouera jamais. Engagée à la Comédie-Française, elle n’y a jamais été distribuée.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.
- JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
- 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
- 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
- 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
- 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
- 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
- 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.
