« 22 octobre 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16356, f. 273-274], transcr. Caroline Lucas, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5530, page consultée le 24 janvier 2026.
22 octobre [1844], mardi matin, 11 h. ¾
Bonjour, mon petit Toto bien aimé, bonjour, mon doux ami, mon cher petit homme,
bonjour, bonjour, comment te portes-tu ce matin ? Moi je vais très bien, à mes yeux
près. J’ai remarqué déjà qu’ils alternent : un jour bien, un jour mal, et
réciproquement. Je vais supprimer le régime de la pommadea pendant quelques jours pour voir si
cela me réussira mieux. Cher adoré bien-aimé, je te demande pardon de ma paresse
d’hier mais il m’aurait été vraiment impossible de sortir. Si tu étais femme à de certains momentsb tu verrais qu’il y a des malaises insurmontables quoiqu’on ne
soit pas malade. J’allais t’écrire quand tu es arrivé, mon cher amour, et je n’en
ai
pas été fâchée. J’ai regretté de ne t’avoir pas écrit plus tôt. Mais j’étais très
contente d’être empêchée de t’écrire par ta présence. Fâchez-vous si vous voulez mais
j’aime mieux votre personne que ma plume. C’est injuste et ORIGINAL, je le sais, mais
c’est comme cela.
Quand te verrai-je mon Victor bien aimé ? Le temps est bien
beau quoique bien frais. Si tu sors pour travailler, viens me voir, cela me donnera
de
la joie pour toute ma journée. Tu le sais bien, n’est-ce pas mon Victor bien aimé,
que
tu es mon bonheur et ma joie ? Il faut donc me donner tous les moments dont tu peux
disposer. Je t’en prie, je t’en supplie. Dans ce moment on est en train de réparer
les
désastres de Fouyou. 2 F. 50 s. de pot et de
cuvette ! Et quel pot et quelle cuvette ! Enfin, il faudra bien que cela m’en tienne
lieu. J’aime encore mieux ce désagrément que celui d’avoir des souris.
Jour
Toto, je vous aime. Je vous désire, je vous attends et je vous adore. C’est tous les
jours la même chose et je pourrais me dispenser de vous le gribouiller. Je n’aurais
qu’à l’écrire en lettres d’or sur ma porte à côté de l’inscription de Mme Triger : – À LA
RENOMMÉE DE LA BONNE SALADE. Ce serait fait une fois pour toute et cela aurait l’avantage et le désavantage d’être
toujours vrai. En attendant, je vous baise sur toutes les coutures.
Juliette
a « pomade ».
b « moment ».
« 22 octobre 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16356, f. 275-276], transcr. Caroline Lucas, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5530, page consultée le 24 janvier 2026.
22 octobre [1844], mardi soir, 6 h. ¾
Mon cher petit bien-aimé, je ne sais comment te remercier. Je suis honteuse de tant
de bonté. Vrai, mon Victor adoré, si tu pouvais voir mon cœur, tu verrais que je te
dis la vérité. J’ai fait serment tout à l’heure de ne te plus rien demander pour moi d’ici à l’année prochaine et je
tiendrai mon serment. Je trouve que tu es mille fois trop bon et trop faible pour moi. Aussi je ne veux plus en abuser. Je te le
promets et surtout je me le promets à moi-même. J’ai envoyé chez la penaillon mais il n’y a pas eu moyen d’obtenir un sou
de diminution sur les 35 F. Du reste, je lui avais fait demander si elle avait encore
de l’étoffe pareille, sans lui rien dire pourquoi, mais elle n’en avait plus. Cela
fera une robe de chambre délicieuse et cela aurait pu faire de très jolis rideaux
avec
sept ou huit aunes de plus. Merci, mon Victor adoré, merci mon pauvre ange, ce sera
la
dernière folie que je te ferai faire pour moi personnellement. Quel bonheur, te voilà.
Quel bonheur !!!!!!
Hélas ! il n’a pas duré longtemps ! C’est égal, cela vaut mieux que rien et je
suis bien heureuse.
J’attends une occasion d’avoir de la bonne toile pour te
faire des chemises. Je t’en complèterai six et avec celles raccommodées, cela t’en
fera dix ou douze.
Mon Toto adoré, tu es bon, tu es trop bon, je le dis du fond
du cœur et en me reprochant d’en abuser. Pauvre ange, va. Je ne te dirai jamais assez
l’amour et l’adoration sans borne que tu m’inspires. Je voudrais la dire à toute la
nature. Je voudrais la crier tout haut pour que tout le monde sache combien tu es
bon.
Tout le monde sait que tu es grand mais moi seule je sais combien tu es noble,
généreux, doux et bon. Je voudrais baiser tes pieds, mon Victor adoré.
Tu as eu
tort de ne pas baigner te yeux, mon Toto, toi qui me recommandes tant le soin des
miens, tu devrais me prêcher par l’exemple. Tâche au moins de revenir bien vite les
baigner. Tu feras deux bonnes actions d’un coup : celle de faire du bien à tes pauvres
beaux yeux adorés et celle de me combler de joie. Je t’aime mon Victor. Je te baise
mon Toto chéri.
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
