« 7 octobre 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16356, f. 223-224], transcr. Caroline Lucas, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5516, page consultée le 24 janvier 2026.
7 octobre [1844], lundi, midi ¼
Bonjour, mon Toto bien aimé, bonjour, mon cher amour adoré, bonjour, mon Victor
chéri, comment que ça va ? Croirais-tu, mon cher adoré, que je n’ai pas encorea pu copier depuis ce matin que
je vais et je viens dans ma maison ? Je ne sais pas comment cela se fait. Il est vrai
que si je savais que tu attends après ta copie, je laisserais là tout le reste sans
m’en inquiéter autrement. Mais je sais que tu n’en es pas pressé et je me réserve
cette charmante occupation pour ma récréation tantôt.
J’ai reçu une lettre de
Mme Luthereau, probablement pour les renseignements que tu lui as fait
demander. Quand tu viendras tu l’ouvriras.
Eulalie taille tes chemises. J’ai mis en
réquisition tous les morceaux de toile que j’avais. J’attends aujourd’hui ou demain
ma
vraiepenaillon. Je voudrais réussir à te faire faire
tout de suite quelques bonnes chemises.
Jour Toto, jour mon cher petit o. Jour, onjour, onjour.
Je vous défends d’aller à l’Opéra ce soir. Il ne
serait pas juste que je restasse chez moi à tourner mes pouces tandis que vous iriez
contempler les jambes des danseuses. Convenez-en, mon amour, et venez bien vite. Je
vous attends.
Juliette
a « pas encore pas ».
« 7 octobre 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16356, f. 225-226], transcr. Caroline Lucas, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5516, page consultée le 24 janvier 2026.
7 octobre [1844], lundi soir, 4 h. ¾
Voilà plus d’une heure que j’attends que mon pauvre œil se calme pour t’écrire. J’ai
la joue droite toute rouge et mon œil tout enflammé. Je ne m’en inquiète pas puisque
je sais que c’est un des effets merveilleux de la fameuse pommadea lyonnaise. J’espère aussi que cette cocotte1 forcée me guérira à tout jamais de mon larmoiement. Je
voudrais pourtant bien copier ce soir, pour toutes sortes de raisons, la première
de
toutes, parce que cela m’amuse énormément et puis parce que je craindrais en tardant
que tu ne donnes ta pratique à un ou à une autre. Aussi, quand je devrais me crever les yeux, je copierai ce soir.
Telle est ma VOLLONTÉ.
J’espère, mon cher adoré, que
tu n’iras pas à l’Opéra ce soir ? Tu me ferais un véritable chagrin si tu y allais.
Mais tu n’iras pas, c’est-ce pas mon amour ? Tu auras une espèce de souper ce soir.
Je
n’ai pas osé, dans l’incertitude, t’en faire préparer un meilleur, mais enfin, tu
pourras manger.
Hélas ! nous étions si heureux lundi dernier ! Te souviens-tu,
mon cher adoré, c’était à peu près l’heure ou tu te cachais si naïvement pour échapper
aux coups de chapeaux des Meudonnaisb. Quelle joie, quel bonheur, que d’amour dans cette journée
si courte et pourtant si remplie. Je ne l’oublierai jamais tant que je vivrai, pas
plus que je n’ai oublié tous les jours et tous les moments délicieux que nous avons
passés ensemble depuis plus de onze ans.
Juliette
1 Nom familier de la blépharite.
a « pomade ».
b « meudonnois ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
