« 30 octobre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16352, f. 257-258], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10781, page consultée le 24 janvier 2026.
30 octobre [1843], lundi matin, 9 h.
Bonjour mon pauvre bien-aimé, bonjour comment vas-tu ? Que devient ta douleur
d’épaule ? J’ai été préoccupéea de
la pensée que tu souffrais toute la nuit, je me suis éveillée plus de vingt fois.
Aussi je suis rompue ce matin. J’espère que ce n’est qu’une douleur rhumatismale ;
moi
qui en ai, je sais que cela fait beaucoup souffrir et fait souvent illusion de maladie
grave selon l’endroit où la douleur est placée. Mais je ne serai tranquille que
lorsque je t’aurai vu, mon cher adoré et que tu m’auras dit que tu vas mieux.
Lanvin sort d’ici. Je lui ai donné les
3 francs pour le papier et je lui ai donné les renseignements sur le meuble en
question. Il ne pourra pas coller le papier sans la brosse, a-t-il dit, il ira la
chercher dans la journée ou demain s’il y a assez d’autre ouvrage pour aujourd’hui.
Il
doit en même temps te donner des renseignements sur la presse à relier et sur le couloir mécanique indispensable pour bien faire les manuscrits
proprement et solidement. Il te demandera aussi la mesure de ton plus grand papier
pour avoir des ais1 de la même
grandeur. Quant au cadre la peinture était bien à la colle et elle s’est encollée
dès
qu’on a voulu la nettoyer. Mais il paraît que sous cet empâtement la sculpture se
retrouve intacte et fort belle à ce que dit encore le Lanvin. Il propose donc de
teinter le bois avec de l’huile de lin et de la terre d’ombre et de le vernir ensuite.
Tu verras à décider cette question. Quant à moi, vernis ou dorés, ces tableaux me
semblent toujours devoir être placés dans mon lit. Décidément au jour je n’aime pas
le
tapis posé au fond du lit. Il me semble que tu seras de mon avis quand tu l’auras
vu
au jour. J’ai chargé Lanvin de te prier de venir le plus tôt que tu pourras mon pauvre
amour parce que je suis bien triste et bien tourmentée de te savoir souffrant.
Juliette
1 Ais : planches de bois.
a « préocupé ».
« 30 octobre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16352, f. 259-260], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10781, page consultée le 24 janvier 2026.
30 octobre [1843], lundi matin, 9 h. ½
Mon Toto adoré, ne souffre pas, ne sois pas triste parce que je souffre si tu
souffres, je suis triste, si tu es triste. J’ai passé une mauvaise nuit, je me
réveillais d’heure en heure avec la pensée que tu souffrais, avec la crainte que ce
ne
soit plus grave que cela n’en a l’air. Enfin, mon Toto bien-aimé, tout ce que tu
souffres je le sens augmenté de tout l’amour que j’ai pour toi. Si tu as éprouvé
quelque soulagement de mon petit remède d’hier nous le recommencerons tantôt et chaque
fois que tu auras une douleur, trop heureuse d’en être quitte à si bon marché. Pauvre
ange si doux et si bon, je ne peux pas m’habituer à te voir souffrir comme les simples
hommes.
J’espère que Lanvin fera ma
commission et que tu te dépêchera de venir me rassurer en m’apportant ta ravissante
petite figure à baiser. En attendant, je vais trouver le temps bien long.
Je
voudrais bien que tu aies des bonnes enveloppes bien chaudes chez toi. La nécessité
de
travailler la nuit dans cette saison exige impérieusement que tu sois couvert de
choses très chaudes. Tes douleurs rhumatismales même seraient moins vives et moins
fréquentes si tu prenais les soins que je t’indique. Je ne sais pas pourquoi tu
hésites. Ce n’est pas une dépense, ce n’est pas un embarras non plus. Je ne me rends
pas compte de l’obstacle que tu vois ou que tu y mets. Il serait bientôt temps
cependant de penser à ta santé et de faire tout ce qu’il faut pour la conserver. Si
tu
m’aimes tu le feras mon cher amour.
En attendant, et jusqu’à ce que je
t’aiea vu, je serai triste et
tourmentée. Pense à moi, mon pauvre bien-aimé, soigne-toi et viens bien vite
m’apporter de tes chères nouvelles. Je t’aime plus que jamais. Si quelque chose
paieb, non pour augmenter mon amour
mais me faire sentir combien je t’aime, c’est la souffrance et le malheur. Et encore
mon pauvre ange, je n’ai pas besoin de ces tristes occasions pour savoir que ma vie
toute entière est en toi et pour toi. Je baise tes chers petits pieds adorés.
Juliette
a « ai ».
b « pait ».
« 30 octobre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16352, f. 261-262], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10781, page consultée le 24 janvier 2026.
30 octobre [1843], lundi soir huit heures
Je te remercie du fond du cœur, mon cher bien-aimé, d’avoir été consulter
M. Louis. Je ne peux pas te dire combien
ta tristesse et la préoccupationa m’ont fait de mal tantôt. J’avais beau me dire pour me
rassurer que tu n’avais aucun symptôme alarmant, que ce que tu éprouvais je
l’éprouvais tous les jours dans différentes parties du corps, mais l’inquiétude
reprenant toujours le dessus. Je suis bien rassurée maintenant, mon pauvre adoré,
et
il est triste et pénible pour moi de te voir souffrir. Je n’ai pas à me torturer
l’esprit par la possibilité d’une maladie grave. Ce soir, mon cher adoré, je te ferai
mon petit remède mais moins énergiquement qu’hier. Ta pauvre épaule est assez irritée
comme cela. Je te ferai transpirer tout doucement et sans te faire souffrir, voilà
tout.
J’ai enfin terminé ce fameux fond de lit. Depuis que la solution de
continuité est masquée je trouve la chose charmante. Mais auparavant, quelles que
soientb la richesse et la
beauté du tapis, je trouvais que cela n’était pas à sa place. Je suis très vexée
d’avoir décollé mon bonhomme. Il faisait si bien sur cette petite console que c’est
vraiment grand dommage de l’avoir détraqué. Enfin, il faut vouloir ce qu’on ne peut
empêcher. Trop heureuse même, si dans toute occasion j’en suis quitte pour si
peu.
Baise-moi mon Toto adorable et adoré. Tâche de venir bien vite. Je serai
très douce, bien tendre et peut-être très aimable, qui sait.
Dans tous les cas j’aurai bien soin de toi et je serai bien heureuse.
Juliette
a « préocupation ».
b « quelque soit ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
