« 22 octobre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16352, f. 233-234], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10774, page consultée le 24 janvier 2026.
22 octobre [1843], dimanche matin, 9 h. ½
Bonjour, mon cher petit bien-aimé, bonjour, mon Toto adorable toujours plus beau et
plus charmant et toujours plus aimé et adoré. Comment vas-tu ce matin ? Comment vont
tes bons enfants ? Embrasse-les pour moi tous ces chers bien-aimés.
J’ai peur que
tu n’aies eu froid cette nuit. Je sais que tu as travaillé une partie de la nuit mais
je crains que selon ta mauvaise habitude, tu n’aies pas fait faire de feu. C’est une
négligence très dangereuse, mon pauvre petit bien-aimé, parce que cela peut de
redonner tes douleurs rhumatismales, sans parler de tous les dérangements plus ou
moins graves que cela peut causer dans ta santé. Il faut absolument, mon cher amour,
puisque la nécessité de fournir à tous mes besoins te force à travailler toutes les
nuits, faire faire un très bon feu dans ta chambre le soir au moment où les bonnes
vont se coucher. On le couvre et lorsque tu rentres, tu n’as plusa qu’à le ranimer.
J’insiste, au risque de t’ennuyer sur un point des plus importants de ta santé. Cette
négligence que tu as eu jusqu’ici peut avoir des conséquences tristes et mauvaises
si
tu y persistesb. Je t’en prie, mon
Toto chéri, fais cela pour moi si ce n’est pour toi. Que je n’aie pas le remord toutes
les nuit de sacrifier ton repos et ta santé à mes besoins de la journée. J’ai besoin
de ta santé pour être heureuse. J’ai besoin de ton amour pour vivre. Si tu savais
combien c’est la sainte vérité, tu aurais pitié de toi et tu ne te négligerais pas
avec cette courageuse indifférence. Pense à moi mon amour, prends soin de toi et
aime-moi.
Jour Toto, jour mon cher petit o. Je vous aime, qu’on vous dit. Entendez-vous ? Comment va votre chère petite
oreille ? Venez bien vite que je la baise et que je m’assure qu’elle entend bien ce
que je vous dis.
Juliette
a « plus » écrit deux fois.
b « persiste ».
« 22 octobre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16352, f. 235-236], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10774, page consultée le 24 janvier 2026.
22 octobre [1843], dimanche soir, 10 h. ¾
Je t’écris bien tard, mon cher adoré, parce que j’ai eu ma pauvre Joséphine à dîner. Elle vient de s’en aller tout à l’heure et je t’écris en t’attendant. J’espérais que tu serais venu avant ton dîner me voir un peu et tu n’es pas venu. Est-ce que tu es malade ? Je pense, au même moment où je t’écris cela, que Boulanger a dû revenir du Havre aujourd’hui.
23 octobre [1843], lundi matin, 10 h. ½
Mon gribouillis n’a pas été interrompu par le brouillard comme les nouvelles
télégraphiques. Mais par le soleil. Oui, mon adoré, vous êtes le soleil de ma maison,
de mes yeux, de ma vie, de mon cœur et de mon âme. Quand je vous vois tout mon
intérieur, toute mon existence rayonnent et s’emplissent de joie. Je suis éblouie
et
ravie. Hélas ! c’est bien dommage que vos apparitions soient si rares et si courtes.
Pauvre bien-aimé, tu n’es pas revenu cette nuit parce que tu as travaillé une
grande partie de la nuit. Mais tu aurais pu venir le matin, tu te serais reposé tant
que tu aurais voulu. J’aurais eu tant de douceur à te sentir auprès de moi, à te
réchauffer, à te caresser et te dorlotera dans mes bras. Tu as bien mal fait de ne pas venir. Voilà
bien longtemps que cela ne t’est pas arrivé. Il ne faut pas prendre cette triste
habitude, mon Toto, car elle te mènerait en très peu de temps à l’indifférence pour
ta
pauvre Juju et tu sais qu’elle ne vit que pour
ton amour et par ton amour. Il faut que tu reviennes toutes les nuits ou au moins
le
plus que tu pourras mon adoré. Cela te donnera du courage et des forces loin de les
diminuer. Ainsi, mon Toto, vous ne devez pas me refuser.
J’ai reçu une lettre de
Claire ce matin. Elle a tenu tout ce
qu’elle avait promis. La pauvre enfant espère que Mme Marre la laissera sortir à la
Toussaint. Moi je l’espère aussi car c’est une grande douceur pour moi que la présence
de cette enfant dans ma maison. Le montant de la pension et les diverses fournitures
monte à 173 francs 35 centimes. J’en ai la note détaillée. Mais je t’aime et je veux
te le dire encore, c’est plus important pour moi que le reste.
Juliette
a « dorlotter ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
