« 21 septembre 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16364, f. 143-144], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1480, page consultée le 25 janvier 2026.
21 septembre [1846], lundi soir, 10 h.
Es-tu arrivé, mon Victor bien-aimé ? Tout s’est-il bien passé durant le trajet1 ? Penses-tu à moi ma vie ?
M’aimes-tu mon doux adoré ? Quant à moi tout m’est un sujet de t’aimer davantage,
absent, présent, heureux ou malheureux, je t’aime toujours plus. Le moment où je te
vois, où je te parle, où je t’écris, où je pense à toi, est toujours celui dans lequel
il me semble que mon âme trouve la faculté de t’aimer plus que plus, plus, plus, plus,
encore plus. Comme tu le sais, j’ai eu M. Vilain à dîner avec Eugénie.
Ils se sont en allés à neuf heures et demie. Du reste ce jeune homme est toujours
très
doux et très bon mais parfaitement insignifiant et terne. Il m’avait apporté des
petits gâteaux et une caisse de confitures de Bar2, toutes choses
parfaitement inutiles et qui n’ont pas d’autre avantage que de faire dépenser de
l’argent à un pauvre diable qui n’en a pas de trop, tant s’en faut. J’aurais mieux
aimé qu’il ne fît pas cette dépense mais on ne m’a pas consultéea comme tu penses bien.
Cher
bien-aimé, je voudrais savoir où tu es, ce que tu fais, où tu dors, ce que tu rêves
et
le reste. J’attends demain avec une impatience que tu devines sans peine, mais hélas !
c’est encore bien long vingt-quatre heures et je ne me figure pas d’avance comment
je
ferai pour y arriver sans découragement et sans amertume. Pour cela il faudra que
ma
pensée reste fixée sur les 24 heures de bonheur que tu m’as promises. C’est ce que
je
tâche de faire depuis que tu m’as quittée. Jusqu’à présent cela m’a beaucoup
aidéeb mais je ne suis pas encore à
demain soir, tant s’en faut. Enfin j’espère que j’y arriverai à force de t’aimer,
de
te désirer et de t’adorer en pensée, en cœur et en âme.
Juliette
1 Hugo a accompagné son fils Charles à Vert-le-Grand. Juliette pense qu’il accompagne ensuite sa femme et sa fille à Rouen puis à Villequier.
2 S’agit-il de la confiture de groseilles de Bar-le-Duc, une préparation alimentaire sucrée, composée de groseilles blanches ou rouges épépinées à la main ?
a « consulté ».
b « aidé ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
sa fille Claire meurt de la tuberculose. Le père biologique, James Pradier, et le père adoptif, l’accompagnent dans ce deuil. Celui-ci libère Hugo du blocage qui l’empêchait de se rendre sur la tombe de Léopoldine, où il se rend pour la première fois depuis trois ans.
- 28 marsCrise nerveuse de Claire.
- 1er-5 juinHugo, à la Chambre des Pairs, participe au procès de Pierre Lecomte, auteur d’un attentat manqué contre le roi. Lecomte sera guillotiné.
- 2 juinJuliette et sa fille s’installent à Auteuil, 56 rue de la Fontaine, dans un appartement que leur loue Pradier. Il refuse de louer un appartement plus confortable pourtant disponible dans le même immeuble.
- 21 juinMort de Claire Pradier.
- 23 juinEnterrement de Claire Pradier au cimetière d’Auteuil.
- Juin-juilletVictor Vilain réalise un buste en terre cuite de Juliette.
- 11 juilletAprès la découverte des dernières volontés de Claire, son corps est exhumé et transféré au cimetière de Saint-Mandé.
- 1er-2 aoûtVictor Hugo et Juliette partent en excursion le samedi toute la journée, et le dimanche matin, et prennent le chemin de fer.
- 25-28 septembreSéjour en Normandie, à Caudebec et Villequier.
