20 septembre 1846

« 20 septembre 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16364, f. 141-142], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1479, page consultée le 24 janvier 2026.

Mon cher petit bien-aimé, mon Toto, mon bonheur, mon amour, je t’attends, je t’espère, je te désire et je t’aime de toutes mes forces. J’ai un côté de mon cœur dans la tristesse et l’autre dans la joie en pensant que je t’aurai demain à déjeuner, mais à la condition de ne pas t’avoir ce soir puisque tu dois conduire ta famille à Rouen, et peut-être probablement jusqu’à Villequier. Je me reproche mon égoïsme qui me fait souhaiter que tu ailles le moins loin possible afin d’être revenu plus tôt auprès de moi. Mais j’ai beau me raisonner, je ne peux pas faire de générosité aux dépensa de mon amour et de mon bonheur, c’est plus fort que moi. C’est bien vilain mais je ne peux pas me corriger du défaut de trop t’aimer.
Tu m’as fait espérer que nous passerions 24 heures ensemble ces jours-ci, mon adoré, et j’y compte. 24 heures ! C’est bien peu et pourtant pour ces 24 heures passées avec toi je donnerais 24 ans de ma vie que je devrais passer loin de toi à t’attendre. Je voudrais déjà y être, quitte à les regretter toute ma vie après, ces pauvres chères vingt-quatre heures. D’abord je n’en veux pas perdre le quart d’une seconde. Je veux les mettre si bien à profit qu’il n’y aura pas de place pour autre chose que pour le bonheur d’être avec toi, de vivre et de respirer avec toi. C’est qu’il y a si longtemps que je suis privée de cette joie qu’il me semble que je n’aurai jamais assez de place dans mon cœur pour y entasser ces vingt-quatre heures d’amour et extase. Hélas ! pour en arriver là il faudra que je passe par vingt-quatre heures et plus d’absence mais je ne veux pas y penser pour ne pas troubler mon bonheur à venir.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « aux dépends ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

sa fille Claire meurt de la tuberculose. Le père biologique, James Pradier, et le père adoptif, l’accompagnent dans ce deuil. Celui-ci libère Hugo du blocage qui l’empêchait de se rendre sur la tombe de Léopoldine, où il se rend pour la première fois depuis trois ans.

  • 28 marsCrise nerveuse de Claire.
  • 1er-5 juinHugo, à la Chambre des Pairs, participe au procès de Pierre Lecomte, auteur d’un attentat manqué contre le roi. Lecomte sera guillotiné.
  • 2 juinJuliette et sa fille s’installent à Auteuil, 56 rue de la Fontaine, dans un appartement que leur loue Pradier. Il refuse de louer un appartement plus confortable pourtant disponible dans le même immeuble.
  • 21 juinMort de Claire Pradier.
  • 23 juinEnterrement de Claire Pradier au cimetière d’Auteuil.
  • Juin-juilletVictor Vilain réalise un buste en terre cuite de Juliette.
  • 11 juilletAprès la découverte des dernières volontés de Claire, son corps est exhumé et transféré au cimetière de Saint-Mandé.
  • 1er-2 aoûtVictor Hugo et Juliette partent en excursion le samedi toute la journée, et le dimanche matin, et prennent le chemin de fer.
  • 25-28 septembreSéjour en Normandie, à Caudebec et Villequier.