« 20 mai 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16359, f. 197-198], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12080, page consultée le 24 janvier 2026.
20 mai [1845], mardi midi
Bonjour, mon Toto adoré, bonjour, mon cher amour bien-aimé, bonjour, mon
petit retardataire, bonjour. Vous êtes vexé et
moi encore bien davantage. Je ne vous en veux pas, mais j’en aurais bien
le droit cependant si je n’étais pas si bonne princesse. Enfin je vous
remettrai en demeure dans huit jours, nous verrons comment vous fereza pour ne rien faire du tout. En attendant, je vous aime
de tout mon cœur.
Je n’ai pas encore reçu de lettre de Claire. Il serait possible que Mme Marre ne veuille pas déranger des jours de sorties et
que nous l’ayons dimanche. Dans tous les cas, je crois, sauf meilleur
avis, qu’il ne faut pas contremander le rendez-vous que tu as arrangé
avec M. Varin. S’il le faut,
j’irai trouver Mme Marre JEUDI et je lui
dirai qu’il est indispensable que Claire sorte
dimanche et je la préviendrai en même temps de la visite possible de
M. Dumouchel. Voilà, mon
Toto adoré, ce que je crois prudent de faire dans tous les cas où Claire
sortirait demain ou non. Tu me diras ce que tu en penses et tu
décideras.
Mon Victor bien-aimé, j’ai passé deux bonnes petites
heures avec toi hier. Je m’abonnerais bien à en avoir autant tous les
jours. Tu vois que je ne suis pas dégoûtée. Aussi, chaque fois que tu
pourras me donner cette joie, je te supplie de n’y pas manquer. Je te
baise, je t’adore, mon Victor bien-aimé.
Juliette
a « vous ferai ».
« 20 mai 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16359, f. 199-200], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12080, page consultée le 24 janvier 2026.
20 mai [1845], mardi après-midi, 2 h. ¼
Je viens d’écrire à Mme Marre et à ma fille pour leur dire
de remettre leur sortie à samedi. Je pense que cela ne fera aucune
difficulté. Jusqu’à présent, Mme Marre ne
peut pas dire qu’on ait abusé de la faculté qu’on s’était réservée dans
l’intérêt des examens de Claire de la faire sortir et de la mener aux séances de
l’Hôtel de Ville1. Aussi je n’ai
pas le moindre scrupule à lui demander cela. Je voudrais être à dimanche
pour savoir ce que M. Dumouchel aura dit à cette pauvre péronnelle. J’ai bien peur qu’il
n’en pense pas grand chose de bon et que tout son dévouement pour toi ne
suffise pas à pallier sa faiblesse en orthographe. Mon Victor bien-aimé,
merci pour toutes tes bontés, merci du fond du cœur, du fond de l’âme,
merci. Tu es mon pauvre ange gardien et sauveur, toi, tu es mon tout, je
t’adore.
Tu es parti bien vite, mon Toto. Où allais-tu comme
cela ? À l’Institut2 sans doute ? Si j’avais été prête, j’aurais
eu le front de te demander à t’accompagner.
Mais dans le simple appareil d’une souillon qu’on vient d’arracher à son
gâchis3, cela n’était guère possible et je
vous ai laissé partir, à mon grand regret. Encore, si j’étais sûre que
tu vas venir tout à l’heure, je me consolerais peut-être. Mais, loin de
là, j’ai l’affreuse crainte de ne pas te voir du tout, ce qui me met la
mort dans l’âme. Quand donc, mon Victor adoré, pourrai-je passer une
bonne journée bien entière et bien complètea avec toi ?
Juliette
1 Les examens pour devenir institutrice ont lieu à l’Hôtel de Ville de Paris. Claire est convoquée le 5 juin 1845, mais ayant mal lu sa convocation, elle arrive en retard et ne peut pas se présenter à l’examen. Elle est de nouveau convoquée le 12 juin où elle échoue.
2 L’Institut de France regroupe les différentes académies, dont l’Académie française dont Victor Hugo est membre.
3 Citation parodique d’une réplique de Néron dans Britannicus de Racine (acte II, scène 2) : « Excité d’un désir curieux, / Cette nuit je l’ai vue arriver en ces lieux, / Triste, levant au ciel ses yeux mouillés de larmes, / Qui brillaient au travers des flambeaux et des armes, / Belle, sans ornement, dans le simple appareil / D’une beauté qu’on vient d’arracher au sommeil. »
a « complette ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle déménage dans une jolie petite maison avec jardin, et Hugo (moins jaloux car infidèle) relâche la surveillance étroite qu’il exerçait sur elle.
- 10 févrierJuliette déménage du 14 au 12, rue Sainte-Anastase.
- 1er marsHugo vient dîner pour la première fois dans son nouveau logement.
- 25 marsMort de M. Foucher, beau-père de Victor Hugo.
- AvrilVictor Hugo accorde à Juliette le droit de sortir seule.
- 13 avrilHugo nommé Pair de France.
- 2 juilletHugo surpris avec Léonie en flagrant délit d’adultère dans leur chambre du passage Saint-Roch, par M. Biard et la police. Juliette n’en saura rien, malgré le scandale dans les journaux.
- 8-10 septembreEscapade de Hugo, peut-être avec Léonie Biard, près de Montfermeil.
- 26 septembrePèlerinage de Juliette et Victor Hugo aux Metz.
