« 19 mai 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16359, f. 193-194], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12079, page consultée le 24 janvier 2026.
19 mai [1845], lundi matin, 9 h. ½
Bonjour, mon cher amour bien-aimé, bonjour, mon Victor adoré, bonjour, comment vas-tu ce matin ? Tu auras sans doute passé une partie de la nuit à travailler ? Peut-être même toute la nuit ? Cependant après toutes les fatigues de corps et d’esprit que tu viens de passer, tu devrais prendre un peu de repos. Tu avais promis de prendre un peu de repos. Je sais bien la trop vraie et trop impérieuse réponse que tu as à me faire : mes besoins sans cesse renaissants1. Mon pauvre adoré, comment faire alors pour que tu ne [te] tuesa pas toutes les nuits au travail comme tu le fais ? Diminuer ma dépense ? Mais j’y suis toute prête et je le fais en ce qui regarde mes dépenses purement personnelles. Mais ma maison est bien lourde et c’est tout un travail à faire pour en changer utilement les dépenses de fond en comble. Pendant ce temps-là, j’ai la privation de ne pas te voir et le remordsb de te savoir aux prises avec le plus fatigantc travail, celui de la nuit. Tout cela n’est pas gai, mon Victor adoré, je t’assure. Il y a des moments où je voudrais être dans un grenier avec un pot à beurre et un lit de sangle pour tout mobilier dans l’espoir de te voir au moins tous les jours. Ce n’est pas une exagération en l’air et pour dire quelque chose, je voudrais que cela fût possible et tu verrais si j’y manquerais. En attendant, je ne t’ai pas vu et je t’aime plus que ma vie.
Juliette
1 « C’est à vous, Mère admirable, qui toujours ménagez à mes besoins sans cesse renaissants les grâces les plus abondantes. » (« Prière à Notre-Dame du Scapulaire » (1838) de l’abbé Corentin-Marie Le Guillou) [Remerciements à Gérard Pouchain.].
a « tu ne [te] tue ».
b « le remord ».
c « fatiguant ».
« 19 mai 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16359, f. 195-196], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12079, page consultée le 24 janvier 2026.
19 mai [1845], lundi soir, 5 h. ¼
Je te verrai, je passerai une heure ou deux auprès de toi, mon Victor
bien aimé, je suis joyeuse, je suis contente, je suis heureuse.
Cependant, comme je ne peux jamais l’être sans restriction, j’ai
l’affreuse crainte que ce bonheur ne se réalise pas. Je ne veux pas me
porter malheur à moi-même en doutant à l’avance de la bonté de la
providence, mais je ne serai vraiment sûre de mon bonheur que lorsque je
me sentirai assise auprès de toi dans ta voiture. D’ici là, je suis très
peu rassurée.
Jour, Toto, jour, mon cher petit
o, je vous aime. Papa est bien i, je l’adore. Je voudrais déjà qu’il fût huit heures. Si je pouvais
pousser les heures avec ma pensée pour les faire marcher plus vite, il y
aurait déjà bien longtemps que nous serions ensemble roulant sur la
route de Neuilly.
Je sais que je ne te verrai pas avant le dîner
et s’il fallait que tu ne puissesa pas venir me chercher, je ne te verrais pas de la
journée encore aujourd’hui. Oh ! je ne veux pas penser à cela, car mon
pauvre cœur se resserre et mes yeux se mouillent malgré moi. Si le bon
Dieu est juste, il me donnera cette joie ce soir. Il sait bien, lui,
combien je t’aime et comment je t’aime. Confiance, espérance, c’est mon
refrain pour ce soir.
Juliette
a « tu ne puisse ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle déménage dans une jolie petite maison avec jardin, et Hugo (moins jaloux car infidèle) relâche la surveillance étroite qu’il exerçait sur elle.
- 10 févrierJuliette déménage du 14 au 12, rue Sainte-Anastase.
- 1er marsHugo vient dîner pour la première fois dans son nouveau logement.
- 25 marsMort de M. Foucher, beau-père de Victor Hugo.
- AvrilVictor Hugo accorde à Juliette le droit de sortir seule.
- 13 avrilHugo nommé Pair de France.
- 2 juilletHugo surpris avec Léonie en flagrant délit d’adultère dans leur chambre du passage Saint-Roch, par M. Biard et la police. Juliette n’en saura rien, malgré le scandale dans les journaux.
- 8-10 septembreEscapade de Hugo, peut-être avec Léonie Biard, près de Montfermeil.
- 26 septembrePèlerinage de Juliette et Victor Hugo aux Metz.
