« 5 décembre 1846 » [source : MVH, α 7824], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1562, page consultée le 01 mai 2026.
5 décembre [1846], samedi soir, 8 h. ½
Voici donc mon grand et honnête papier revenu. Je n’en suis pas fâchée. L’autre avait
un air luisant et faux qui ne me convenait pas. Avec celui-ci je suis tranquille et
je
peux cracher tout ce que je voudrai, il ne le trouvera pas
mauvais. Je laisse aux forçats, non libérés, aux académiciens, aux Pairs de France
et
à leurs secrétaires l’usage de ce papier satiné et équivoque.
Mme Guérard a mangé
en dormant et elle est partie en dormant à 8 h. Je n’en suis pas fâchée au fond car
j’ai une foule de choses sur le cœur à te dire et une autre foule de choses à faire
dans ma maison. D’abord, pour commencer, je me plains très fort et très haut du peu
de
temps que vous êtes resté à me montrer votre joli petit dos pendant que vous écriviez.
Il me semble que vous ne dînez pas à 6 h. chez vous et que vous auriez pu rester
jusqu’à l’heure de votre dîner ? Vous êtes une bête taisez-vous. Quand
reviendrez-vous ? Voilà la question comme dirait le sieur
Hamlet. Toujours est-il que je ne vous ai presque pas vu
et que j’en suis pour mes frais d’éclairage et de rage. J’aurais très fort dispensé
la
pauvre Mme Guérard de venir ce soir roupiller dans mon
fauteuil mais je ne pourrai pas lui refuser l’hospitalité du moment où elle me la
demandait. Demain il est plus que probable que j’aurai Eugénie et les petites Rivière juste au moment où vous pourriez rester avec moi. Cela me
contrarie si fort que pour un rien je contremanderais toutes les péronnelles, quitte
à
les rappeler quand vous seriez parti. Si elles étaient mes voisines je n’y manquerais
certainement pas. Je suis sûre que sous votre septième peau de commandeur de l’ordre
royal du soleil, vous êtes très content de l’incident et que vous y contribuez le
plus
que vous pouvez en venant le plus tard possible. Si j’en étais bien bien sûre, quel
fichu quart d’heure vous passeriez. Toto, tiens bien ton bonnet car je suis très
capable de le jeter moi-même par-dessus les moulins pour mieux tirer ta perruque
après.
Baise-moi monstre et viens si tu tiens à la vie.
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
sa fille Claire meurt de la tuberculose. Le père biologique, James Pradier, et le père adoptif, l’accompagnent dans ce deuil. Celui-ci libère Hugo du blocage qui l’empêchait de se rendre sur la tombe de Léopoldine, où il se rend pour la première fois depuis trois ans.
- 28 marsCrise nerveuse de Claire.
- 1er-5 juinHugo, à la Chambre des Pairs, participe au procès de Pierre Lecomte, auteur d’un attentat manqué contre le roi. Lecomte sera guillotiné.
- 2 juinJuliette et sa fille s’installent à Auteuil, 56 rue de la Fontaine, dans un appartement que leur loue Pradier. Il refuse de louer un appartement plus confortable pourtant disponible dans le même immeuble.
- 21 juinMort de Claire Pradier.
- 23 juinEnterrement de Claire Pradier au cimetière d’Auteuil.
- Juin-juilletVictor Vilain réalise un buste en terre cuite de Juliette.
- 11 juilletAprès la découverte des dernières volontés de Claire, son corps est exhumé et transféré au cimetière de Saint-Mandé.
- 1er-2 aoûtVictor Hugo et Juliette partent en excursion le samedi toute la journée, et le dimanche matin, et prennent le chemin de fer.
- 25-28 septembreSéjour en Normandie, à Caudebec et Villequier.
