« 25 juillet 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16363, f. 247-248 ], transcr. Marion Andrieux, rév. Florence Naugrette , in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2376, page consultée le 06 mai 2026.
25 juillet [1846], samedi après-midi, 4 h. ½
J’ai le cœur gros et triste, mon doux adoré, parce que je ne t’ai pas assez vu et parce que je n’espère pas te voir de si tôt. J’ai beau me faire une joie anticipée en pensant au charmant petit projet dont tu m’as parlé tantôt1, je n’y parviens pas. Je sais trop quelle distance il y a entre le projet et l’exécution pour me réjouir d’avance. Je suis de nature à préférer deux bons tiens qu’un tu l’auras.......a pas. Aussi je suis souvent à court de bonheur et d’illusion. Ce n’est pas de ma faute mais c’est ainsi. Eugénie est venue ce matin faire ma commission et puis elle s’en est allée parce qu’elle avait à faireb chez elle. La chose a coûté 82 F. 17 sous. Maintenant nous serons tranquilles de ce côté-là jusqu’au mois de septembre prochain. Je voudrais, pour je ne sais quoi, n’avoir plus de ces hideux papiers chez moi. Rien ne me répugne plus que la vue de ces paperasses. J’en suis humiliée au dernier point. Mon petit Toto chéri, si tu veux me faire sortir ce soir, je me tiendrai prête. Je t’attendrai aussi tard que tu voudras. J’ai tant besoin de te voir que je cherche tous les moyens possibles de rester quelques minutes avec toi. Malheureusement, mes ressources sont très bornées. Ton travail continu est un obstacle à tous mes désirs. Je ne t’accuse pas mais je suis triste, triste dans le fond de l’âme. Je me trouve si parfaitement inutile sur la terre que le découragement de la vie me prend souvent. Je ne devrais pas te dire cela, mon doux adoré, je le sens sans pouvoir m’en empêcher. Je t’en demande pardon et je te souris du fond de mon pauvre cœur malade pour que tu voiesc bien que je ne t’en veux pas. Je t’envoie toutes mes pensées les plus tendres et tous mes baisers les plus passionnés. Je t’attends et je te désire autant que je t’aime. Tâche de venir bien vite et je serai bien contente et bien heureuse, de triste et d’accablée que je suis en ce moment. D’ici-là, je t’aime et je pense à toi sans interruption.
Juliette
1 Ils partiront en excursion le samedi 1er et le dimanche 2 août.
a Sept points de suspension.
b « affaire ».
c « vois ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
sa fille Claire meurt de la tuberculose. Le père biologique, James Pradier, et le père adoptif, l’accompagnent dans ce deuil. Celui-ci libère Hugo du blocage qui l’empêchait de se rendre sur la tombe de Léopoldine, où il se rend pour la première fois depuis trois ans.
- 28 marsCrise nerveuse de Claire.
- 1er-5 juinHugo, à la Chambre des Pairs, participe au procès de Pierre Lecomte, auteur d’un attentat manqué contre le roi. Lecomte sera guillotiné.
- 2 juinJuliette et sa fille s’installent à Auteuil, 56 rue de la Fontaine, dans un appartement que leur loue Pradier. Il refuse de louer un appartement plus confortable pourtant disponible dans le même immeuble.
- 21 juinMort de Claire Pradier.
- 23 juinEnterrement de Claire Pradier au cimetière d’Auteuil.
- Juin-juilletVictor Vilain réalise un buste en terre cuite de Juliette.
- 11 juilletAprès la découverte des dernières volontés de Claire, son corps est exhumé et transféré au cimetière de Saint-Mandé.
- 1er-2 aoûtVictor Hugo et Juliette partent en excursion le samedi toute la journée, et le dimanche matin, et prennent le chemin de fer.
- 25-28 septembreSéjour en Normandie, à Caudebec et Villequier.
