24 juillet 1846

« 24 juillet 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16363, f. 245-246 ], transcr. Marion Andrieux, rév. Florence Naugrette , in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2375, page consultée le 27 janvier 2026.

Bonjour mon doux adoré, bonjour mon cher amour, bonjour mon Victor, bonjour. Je te souris et je t’aime de toute mon âme. Je t’attends, mon doux aimé, et j’espère voir apparaître bientôt ta délicieuse et charmante figure à l’horizon. Du reste, il faut te hâter avant que l’orage n’éclate tout à fait car il commence déjà à pleuvoir. Cher adoré, je ne sais pas si la chaleur est pour quelque chose dans le malaise que j’éprouve, mais je suis tout à fait abattue. Je n’ai de courage à rien. Il me semble que tout mon intérieur est usé et dévasté. Probablement cela tient à cette chaleur excessive, aussi je voudrais bien qu’il plût et que le temps se rafraîchissea. Il est vrai que nous sommes entrés dès aujourd’hui dans les jours caniculaires, ce qui ne laisse pas beaucoup d’espoir, d’ici à longtemps, de voir la température s’humaniser un peu. Quant à moi, j’ai déjà la cervelle frite. Je ne pense plus, je n’agis plus, je ne vis plus. J’ai chaud, je bous, je grille et je rissoleb. Pour peu que cela continue, tu ne trouveras plus dans ma robe qu’une bûche aux trois quarts consumée. Je vous jure que ça n’est pas risible, pour moi du moins. Si je n’avais pas pour me consoler un peu l’espoir de passer bientôt toute une journée avec toi, je ne sais pas ce que je deviendrais très sérieusement. Avec cela, vous ne vous pressez pas beaucoup à venir. Cependant, vous savez si je vous aime et si je vous désire. Et moi, je sais combien tu travailles et combien tu es occupé, mon doux bien-aimé. Aussi, de tout cela, il ne me reste que mon désir impatient de te voir, mon amour et mon adoration pour toi, sans la moindre amertume contre toi. Je t’attends, mon Victor chéri, je pense à toi et je te baise de la pensée et de l’âme, en attendant que je te baise en ta divine et adorable petite personne.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « raffraichisse ».

b « rissolle ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

sa fille Claire meurt de la tuberculose. Le père biologique, James Pradier, et le père adoptif, l’accompagnent dans ce deuil. Celui-ci libère Hugo du blocage qui l’empêchait de se rendre sur la tombe de Léopoldine, où il se rend pour la première fois depuis trois ans.

  • 28 marsCrise nerveuse de Claire.
  • 1er-5 juinHugo, à la Chambre des Pairs, participe au procès de Pierre Lecomte, auteur d’un attentat manqué contre le roi. Lecomte sera guillotiné.
  • 2 juinJuliette et sa fille s’installent à Auteuil, 56 rue de la Fontaine, dans un appartement que leur loue Pradier. Il refuse de louer un appartement plus confortable pourtant disponible dans le même immeuble.
  • 21 juinMort de Claire Pradier.
  • 23 juinEnterrement de Claire Pradier au cimetière d’Auteuil.
  • Juin-juilletVictor Vilain réalise un buste en terre cuite de Juliette.
  • 11 juilletAprès la découverte des dernières volontés de Claire, son corps est exhumé et transféré au cimetière de Saint-Mandé.
  • 1er-2 aoûtVictor Hugo et Juliette partent en excursion le samedi toute la journée, et le dimanche matin, et prennent le chemin de fer.
  • 25-28 septembreSéjour en Normandie, à Caudebec et Villequier.