« 26 juin 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16355, f. 195-196], transcr. Mylène Attisme, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11717, page consultée le 01 mai 2026.
26 juin [1844], mercredi matin, 11 h.
Bonjour, mon Toto, bonjour, mon cher bien-aimé, bonjour, mon petit homme chéri. Je
suis bien malheureuse, va. Si tu ne me plains pas, c’est que tu ne sais pas à quel
point je t’aime. Mais depuis que les chaleurs ont commencéa je ne peux pas veiller tard toute
seule, je me donne des maux de tête affreux sans pouvoir y parvenir. Aussi, juge de
mon chagrin puisque je manque par-là les seules occasions que j’ai de te voir. Ça
n’est vraiment pas vivre et je veux absolument trouver un remède à cet engourdissement
qui me prend maintenant régulièrement, quand je suis seule à 11 h. du soir. Je ne
peux
pas passer ma vie sans te voir, c’est impossible, et puisque je ne peux te voir qu’à
l’heure où je dors je veux me réveiller n’importe à quel prix.
Pauvre bien-aimé,
il me semble que tu n’as pas bien soupé. Tu as tout laissé même les fameuses fraises.
Est-ce que tu étais malade ? Ou si tu ne les asb plus trouvéesc
bonnes ? Si j’avais été là au lieu de dormir comme une souche, j’aurais su ce que
tu
avais et je n’en serais pas à me tourmenter maintenant en t’attendant. Je m’en veux
comme un chien de ma stupide somnolence. Si je m’appartenais, je me ficherais des
coups depuis le matin jusqu’au soir. Ou je vous en ficherais bien un peu aussi pour
vous apprendre à venir si tard. Car enfin, c’est votre faute. Justement vous voici.
Déjà parti ! Ma vie, mon âme, ma joie, mon bonheur. Pense à moi. Je t’aime.
Juliette
a « commencées ».
b « a ».
c « trouvé ».
« 26 juin 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16355, f. 197-198], transcr. Mylène Attisme, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11717, page consultée le 01 mai 2026.
26 juin [1844], mercredi soir, 6 h. ¾
Mon pauvre bien-aimé, je tâche de me faire du courage et de la résignation en
pensant à toi, en me rappelant ton charmant sourire, ta douce petite voix, toute ta
divine petite personne ; mais loin de me donner cette résignation et ce courage dont
j’ai tant besoin, cela ne fait qu’aiguillonner davantage le désir et le besoin que
j’ai de te voir. Je suis bien malheureuse car, quelque chose que je fasse, je ne fais
qu’augmenter mon amour et, par conséquent, redoubler mon impatience. Je ne sais pas
ce
que je deviendrai si je ne te vois pas ce soir. J’ai déjà un mal de tête affreux que
la crainte de ne pas te voir irrite encore davantage.
J’ai vu tout à l’heure
cette bonne Clémentine qui pouvait à peine
se traîner tant elle est faible encore. Je lui ai dit combien tu avais montré de
sollicitude pour elle ; la pauvre bonne fille m’en a remercié les larmes aux yeux.
J’ai envoyé aussi chez Claire pour prendre
une lettre que je lui avais dit d’écrire à sa tante1 ;
en même temps, elle m’a écrit une petite lettre charmante dans laquelle elle me prie
de te dire bien des bonnes choses. Du reste, les fraises ont fait fortune à la pension
où elles ont été fort goûtées. Je voudrais savoir si elles ont eu le même succès
auprès de messieurs les gamins et sous-gamins2. Je te garde le reste. Je veux que tu les finissesa. J’aurais même voulu te les faire
toutes manger si cela avait été possible. Cela m’aurait semblé bien meilleur dans
ton
petit bec que dans ma grande bouche. Je t’aime, qu’on vous dit.
Juliette
1 La sœur de Juliette, René-Françoise Gauvain.
2 Jeu avec les titres de « maîtresse » et « sous-maîtresses » donnés aux enseignants et surveillants de la pension.
a « finisse ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
