« 27 juin 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16355, f. 199-200], transcr. Mylène Attisme, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11718, page consultée le 24 janvier 2026.
27 juin [1844], jeudi matin, 11 h.
Bonjour, mon petit bien-aimé, bonjour, mon adoré petit Toto, bonjour toi, bonjour
vous, je vous adore. Il fait un joli temps pour le quart d’heure. On dirait que le
ciel se déguise en Scaramouche1, on n’y voit goutte. J’espère que vous
êtes à l’abri, mon petit bien-aimé et je me réjouis de cette trombe d’eau parce que
je
sens qu’elle me rafraichita la
tête. J’en avais besoin car depuis hier, j’en souffre beaucoup.
Je voudrais déjà
être à la fameuse copie : quel bonheur !!!!!!!!b Il y a si longtemps qu’il ne m’est arrivé de copier de vos sublimes petites
pattes de mouche que j’en suis toute affriandée d’avance. Ce n’est pas une besogne
pour moi, c’est la plus ravissante des récréations. Je voudrais déjà tenir votre
manuscrit. Ce sera comme si je refaisais le voyage2. Hélas ! Pas tout à fait cependant, car toute la poésie et tout le
génie du monde ne se suppléec pas à
une étreinte de la main qu’on aime, au souffle de la bouche qu’on adore. Mais enfin,
si ce n’est pas le bonheur réel, c’en sera une bien délicieuse et bien charmante
copie, ce qui vaut mieux que rien.
Je voudrais que tu aies terminé cette affaire
avec tes banquiers parce que tu me donnerais peut-être une soirée ou deux. Je n’ose
pas parler des Marronniersd3 parce que je ne vois pas cela possible d’ici à bien
longtemps. Cependant, Dieu sait si j’en ai besoin et si je le désire. Je t’aime, mon
Victor. Je voudrais être toujours avec toi.
Juliette
1 « Le Ciel s’est habillé, ce soir, en Scaramouche » : réplique du Sicilien ou l’amour peintre de Molière.
2 À élucider.
3 Les Marronniers est un restaurant réputé de Bercy.
a « raffraichit ».
b 8 points d’exclamation courent jusqu’au bout de la ligne.
c « suplée ».
d « maronniers ».
« 27 juin 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16355, f. 201-202], transcr. Mylène Attisme, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11718, page consultée le 24 janvier 2026.
27 juin [1844], jeudi soir, 6 h. ¾
J’ai bien hâte que tu aies terminé tes affaires avec tes banquiers, mon bon petit
bien-aimé, d’abord parce que cela me donnera peut-être quelques heures de bonheur
avec
toi, ensuite parce que j’aurai à copier. Mais, en attendant, il faut que je me
résigne, ce qui n’est pas très gaia.
Enfin, j’y ferai tout mon possible et ce ne sera pas ma faute si je n’y réussis pas
complètement.
Mon cher adoré bien aimé tu as cent fois raison de m’empêcher de
faire des folies, je le reconnais. Pauvre adoré, il n’y a pas plus de huit jours,
d’ailleurs, que tu m’as donné, avec une grâce et un empressement exquis, cette petite
médaille d’or. Je ne l’ai pas oublié, va. Je sais bien que tu es l’homme le plus
généreux, le meilleur, le plus doux, le plus noble et le plus charmant qui existe.
Je
te rends bien la justice que tu mérites, mon cher adoré bien aimé ! Sois-en bien sûr.
Pardonne-moi d’avoir de ces petites mineries, comme tu appelles ça, à l’endroit de
stupides verroteries. Cela me prend de temps en temps et tu fais mille fois bien de
t’opposer à ce petit accès de [déraison ?], je t’en remercie du fond de
mon cœur.
En attendant, je voudrais bien, quoi queb tu en dises, ne pas roupiller le soir
comme une vieille portière. Il est triste de penser que je perds ainsi les seuls
courts moments que tu peux me donner. Je ne le veux pas, je ne le veux pas ; je m’y
oppose, entendez-vous, car vous y trouveriez trop bien votre compte d’ailleurs et
vous
seriez par trop parfaitement débarrassé de moi. Je ne veux pas dormir, je m’en défends
et je vous ordonne de [venir ?] de bonne heure.
Juliette
a « gaie ».
b « quoique ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
