« 24 octobre 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16328, f. 70-71], transcr. Claudia Cardona, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10088, page consultée le 01 mai 2026.
24 octobre [1836], lundi après midi, 2 h. ¼
Mon pauvre cher bijou, on dirait que le diable est dans notre bourse, à peine
est-elle remplie qu’elle est vide, à peine est-elle vide qu’elle s’emplit de nouveau,
mais Dieu sait à quel prix, calemboura à part, car je parle de ton repos et de ta chère santé.
Quand donc serai-je une grande actrice ? C’est-à-dire une femme vivant honnêtement
de
son travail ? J’en désespère à présent, et cependant je me sens du courage et mieux
que cela encore…
Lafabrègue mon cordonnier vient de venir
m’apporter les pantoufles de Mme Guérard. Je les lui ai payées, bien entendu, mais
tout cela diminue d’autant notre petit boursicot1, en attendant que notre ruine
s’achève demain. Mon cher petit Toto, je t’aime, je désire que mon absurde position
ne
t’éloigne pas de moi. Enfin je voudrais être tout à la fois indépendante et esclave,
indépendante par un état qui me nourrisse et esclave de mon amour seulement,
c’est-à-dire un pauvre chien léchant vos pieds.
Juliette
1 Boursicot : Petite économies.
a « calembourg ».
« 24 octobre 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16328, f. 72-73], transcr. Claudia Cardona, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10088, page consultée le 01 mai 2026.
24 octobre [1836], lundi soir, 5 h. ½
Mon cher petit homme chéri, je persiste dans mon mal de tête. Il est impossible
d’être plus ridicule que je le suis avec mes maux de tous les jours, ce qui ne
m’empêche pas de bien boire, bien manger et le reste…….… Cependant je souffre, c’est
bien vrai.
La lampe est hors d’état de servir, il faut que je l’envoie demain
chez Caruel. J’aurais voulu pouvoir y passer pour lui expliquer moi-même ce qui lui
manque, mais pour cela, mon cher petit homme, il faut que vous y consentiez.
D’ailleurs j’ai demain Mme Lanvin. Ainsi ce ne pourrait être que le soir où tu pourras me
mener.
J’ai une peur affreuse que tu ne sois à Fourqueux1, voilà bien des fois
que j’en suis quitte pour la peur. Cependant comme il faut que tu y ailles un jour
ou
l’autre je suis toujours en droit de croire que c’est le jour d’aujourd’hui.
Mon
bien petit homme bien aimé, je vous aime, et puis je vous aime. Ah ! mais
[après ?] [enfin ?] je vous aime. C’est différent si vous êtes parti
et si vous ne pensez pas à moi avec regret, vous êtes un affreux scélérat et je ne
vous aimerai plus jamais de la vie ni des jours.
Juliette
1 Hugo se rend régulièrement à Fourqueux, commune proche de Saint-Germain-en-Laye où sa famille est en villégiature.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.
- JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
- 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
- 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
- 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
- 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
- 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
- 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.
