« 14 septembre 1880 » [source : BnF, Mss, NAF 16401, f. 246], transcr. Emma Antraygues et Claire Josselin, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12950, page consultée le 01 mai 2026.
Veules, 14 septembre [1880], mardi matin, 8 h.
Bonjour, mon doux adoré, je te souris et je te bénis au commencement comme à la fin de chaque jour depuis le premier mot d’amour que nous avons échangé ensemble dans un premier baiser. Ce que mon cœur te dit aujourd’hui ne diffère en rien de ce que je te disais hier, de ce que je t’ai dit la première fois que ma bouche t’a dit : je t’aime ! Il s’est agrandi chaque jour davantage par l’accumulation naturelle des années1, voilà tout. Et, quels que soient les jours que Dieu m’accorde encore de vivre sur cette terre, je sens que ce doux mot : je t’aime ! est assez fort et assez puissant pour résister tout entier au ciel pendant l’éternité comme il le fait ici-bas depuis bientôt quarante-huit ans. Aussi, je te le répète, jusqu’au rabâchage, je t’aime, je t’aime, je t’aime. Je sais que tu as passé une bonne nuit et j’en suis bien contente. Le temps semble vouloir adoucir nos regrets de quitter notre douce et aimable villégiature pour la vie toujours agitée et toujours tourmentée de Paris en se faisant froid et maussade ce matin. Il est vrai que la saison l’y pousse beaucoup et peut-être reprendra-t-il le dessus tantôt dans un beau rayon de soleil. Je l’espère sans y compter beaucoup. En attendant il faut nous préparer à partir demain matin avec notre bien-aimé hôte2. Tu feras bien de payer aujourd’hui même le mois de Marie3 et de donner la bonne main à Pauline et à Clémence pour n’avoir rien à t’occuper en dehors des adieux toujours un peu tristes pour ceux qui restent et pour ceux qui s’en vont. Je t’y fais penser par surcroît quoi que tu n’en aies pas besoin et je t’aime par-dessus tout.
[Adresse]
Monsieur Victor Hugo
Veules
1 Juliette Drouet et Victor Hugo se sont rencontrés en 1833.
2 Le couple rentre à Paris aux côtés de Paul Meurice qui les a accueillis dans sa propriété à Veules-les-Roses.
3 Marie a été engagée comme domestique le temps du séjour à Veules.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
l’amnistie des Communards est enfin votée, et la fête nationale, fixée le 14 juillet, fonde la République sur la Révolution Française
- AvrilReligion et religions.
- 24 octobreL’Âne.
