« 26 juin 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16363, f. 179-180 ], transcr. Marion Andrieux, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2209, page consultée le 05 mai 2026.
26 juin [1846], vendredi matin, 7 h. ¾
Bonjour mon Victor bien-aimé, bonjour mon adoré, comment vas-tu ce matin, mon doux ami ? J’espère que tu dors encore, car probablement tu t’es couché fort avant dans la nuit. Dors, mon cher bien-aimé, et que ton sommeil soit doux, calme et bienfaisant comme ta vie. Mon cœur et ma pensée te couvrenta d’amour, de bénédiction et de baisers. J’espère que je te verrai ce matin ? Autrefois tu en avais la douce habitude. Il faudra que tu tâches de la reprendre, car jamais je n’ai eu plus besoin de ta consolante apparition, jamais je ne t’ai plus aimé. Si tu peux te soustraire, ce matin et dans la journée, à tes nombreuses occupations, je te supplie de le faire pour m’aider à supporter les longues et tristes heures que le bon Dieu m’a faites. Je ne veux pas me plaindre, quoique je n’en aie que trop le droit, dans la crainte de t’affliger, mais je t’assure que ce n’est pas trop de tout mon courage et de tout mon amour pour supporter avec résignation la perte de mon pauvre enfant. Plus je pense à cette mort et plus je trouve amer et injuste à cette pauvre bien-aimée d’avoir désiré la mort, car il n’est que trop sûr qu’elle la désirait, et au bon Dieu de l’avoir exaucée1. S’il est vrai cependant qu’elle soit plus heureuse, je ne dois pas murmurer mais le cœur souffre toujours et la vie se fait de plus en plus triste et solitaire pour ceux qui restent. Mon Victor adoré, mon bien-aimé, pardonne-moi ces divagations douloureuses que je ne peux pas retenir. Tu es ma vie et mon amour. Tu es plus que jamais mon tout.
Juliette
1 Son second échec à l’examen pour devenir institutrice avait profondément affecté Claire. Sa santé et son moral avaient commencé à décliner à l’automne 1845, et elle avait été prise d’une crise nerveuse le 28 mars 1846.
a « couvre ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
sa fille Claire meurt de la tuberculose. Le père biologique, James Pradier, et le père adoptif, l’accompagnent dans ce deuil. Celui-ci libère Hugo du blocage qui l’empêchait de se rendre sur la tombe de Léopoldine, où il se rend pour la première fois depuis trois ans.
- 28 marsCrise nerveuse de Claire.
- 1er-5 juinHugo, à la Chambre des Pairs, participe au procès de Pierre Lecomte, auteur d’un attentat manqué contre le roi. Lecomte sera guillotiné.
- 2 juinJuliette et sa fille s’installent à Auteuil, 56 rue de la Fontaine, dans un appartement que leur loue Pradier. Il refuse de louer un appartement plus confortable pourtant disponible dans le même immeuble.
- 21 juinMort de Claire Pradier.
- 23 juinEnterrement de Claire Pradier au cimetière d’Auteuil.
- Juin-juilletVictor Vilain réalise un buste en terre cuite de Juliette.
- 11 juilletAprès la découverte des dernières volontés de Claire, son corps est exhumé et transféré au cimetière de Saint-Mandé.
- 1er-2 aoûtVictor Hugo et Juliette partent en excursion le samedi toute la journée, et le dimanche matin, et prennent le chemin de fer.
- 25-28 septembreSéjour en Normandie, à Caudebec et Villequier.
