« 31 août 1838 » [source : BnF, Mss, NAF 16335, f. 189-190], transcr. Armelle Baty, rév. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2826, page consultée le 26 janvier 2026.
31 août [1838], vendredi soir, 8 h. ¾
Depuis que tu es parti, mon cher adoré, je n’ai pas bougé de dessus ma chaise pour raccommodera moi-même mes toiles à matelas. Je ne t’ai pas écrit plus tôtb parce que travailler c’est aimer. Enfin mon pauvre ange et pour me délasser un peu auparavant le dîner, je t’écris cette grosse lettre. Il paraît que tu as lu ta pièce aujourd’hui ? Je ne m’explique pas autrement ta longue absence. J’aurais voulu être là pour entendre les rugissements d’admiration d’un chacun et pour en pousser moi-même de féroces. Hélas ! Bien loin de là, j’ai passé ma journée et je passerai ma soirée à faire des reprises dans tous les sens, me piquant les doigts et me crevant les yeux. La seule chose qui m’agrée dans cette stupide besogne, c’est que j’aurai gagné à ce métier un Billet de 5 ou 6 francs qu’il aurait fallu donner à une ouvrière et que ces 5 ou 6 francs-là t’auraientc pris une partie de ta nuit. Aussi mon pauvre adoré, je ne me plains pas mais je regrette de ne pouvoir pas appliquer mon temps et mon industrie à tous mes besoins pour te soulager dans tes veilles. J’ai vu Mme Krafft tantôt. Elle consent au petit service que nous lui avons demandé. Elle t’adore toujours de plus en plus et veut être de tous nos prochains voyages. Elle a trouvé son [pot ?] ravissant ainsi que le plateau en verre car je lui ai fait accroire que c’était pour elle que je l’avais acheté mais qu’il lui était arrivé un malheur. Elle a un peu grogné mais elle l’a emporté tout de même. J’ai vu aussi Jourdain pendant qu’elle était là mais qui ne m’a rien dit d’intéressant. Enfin, mon pauvre adoré, je ne suis pas encore débarbouillée ni Claire non plus, elle m’aide aussi depuis ce matin avec un courage charmant. Il faudra que nous l’en récompensions. Quantd à moi, ma récompense serait que tu vinsses tout de suite passer la nuit auprès de moi au risque d’avoir besoin de quinze moutons réparateurs demain à mon déjeuner. Je vous adore, vous.
a « racommoder ».
b « plutôt ».
c « aurait ».
d « quand ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle est engagée au Théâtre de la Renaissance, où le rôle de la Reine dans Ruy Blas, écrit pour elle, lui échappe.
- Janvier-févrierReprise d’Hernani à la Comédie-Française (les 20, 23, 25, 27, 29 et 31 janvier et les 6, 9, 12, 18, 21, 23 février).
- MarsReprise de Marion de Lorme à la Comédie-Française (les 8, 10, 12, 15, 17, 20).
- 25 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, toujours avec Mlle Noblet, mais avec Mlle Rabut dans le rôle de Catarina. Dans cette distribution, la pièce est jouée les 7, 11, 14 et 19 août 1838, le 2 septembre 1838, les 7 et 15 février, le 6 mars et le 6 mai 1839, puis encore une fois le 2 décembre 1841.
- MaiAnténor Joly, directeur du Théâtre de la Renaissance, engage Juliette Drouet.
- 12 aoûtHugo lit Ruy Blas achevé à Juliette.
- 18-28 aoûtVoyage avec Hugo en Champagne. Le 19 août, Adèle Hugo adresse une lettre à Anténor Joly pour le dissuader de confier le rôle de la Reine à Juliette Drouet.
- 8 novembrePremière de Ruy Blas au Théâtre de la Renaissance. Louise Beaudoin joue le rôle de la Reine.
