« 7 février 1881 » [source : Collection particulière, MLM, 62260 0110/0112], transcr. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8065, page consultée le 05 mai 2026.
Paris, 7 février 1881, lundi midi
J’ai été forcée de renoncer à te donner ta seconde tasse de lait ce matin, mon cher
petit homme, parce que tu dormais si profondément que je n’aurais jamais osé
interrompre ton sommeil pour quoi que ce soit. J’espère que tu auras continué le même
doux pionçage le reste de la matinée et j’en serai bien heureuse.
Cher adoré, tu
t’es entretenu hier au soir avec Paul
Meurice et tu as pu savoir de lui combien il approuve ma résolution et
combien il est nécessaire d’en faire un acte définitif le plus tôt possible. Sans
décliner la compétence du bon Lecanu dans
ces sortes d’affaires, il pense, néanmoins, que l’expérience de Rouillon vaudrait mieux1. Il est aussi d’avis que l’immixtion de mon neveu2 dans tes affaires
de famille, loin d’être un appoint effectif à l’exécution de tes dernières volontés,
serait plus tôt un embarras causé, non par défaut de dévouement absolu et religieux
à
ta mémoire et à l’intérêt de tes chers petits-enfants, mais par sa complètea ignorance des voies et moyens pour
arriver à ce but. Aussi, mon cher bien-aimé, je crois que tu ferasb bien de renoncer à l’idée que tu avais de
lui confier une part de l’honneur et de la confiance que tu lui accordes, avec tant
de
raison, au point de vue de la stricte probité et à celui, je te le répète, de son
entier dévouement à toi et aux tiens, mais que d’autres, aussi probes et aussi dévoués
que lui, mais connaissant mieux le droit te rendrontc s’il en était besoin. Je te dis mal cela parce que je suis
moi-même très ignorante de toutes ces choses. Tout ce que je sais c’est que je suis
très touchée, très fière et très reconnaissante que tu aies pensé à mon cher neveu
pour l’appeler à une fonction aussi délicate et qu’il aurait certainement été très
heureux d’accomplir au péril de sa vie s’il l’avait fallu, mais que son ignorance
rendrait dangereuse peut-être dans un cas donné important.
Maintenant, mon cher
adoré, permets-moi d’insister pour abréger les formalités que j’ai à remplir vis-à-vis
de ma conscience ; tu as fait magnifiquement, trop magnifiquement même, ton devoir
vis-à-vis de moi. À mon tour, maintenant, de te rendre la pareille. Je t’adore, aime-
moi et nous serons quittes l’un envers l’autre, sur cette terre et au ciel.
[Adresse]
Monsieur Victor Hugo
1 Juliette fait allusion à son testament. Le 2 août 1882, Lecanu fera partie des témoins lors de la signature du testament de Juliette en faveur de Louis Koch.
2 Jean-Louis Koch, neveu de Juliette Drouet. Hugo songe à en faire l’un de ses exécuteurs testamentaires. Il y renoncera finalement à cause de son inexpérience en matière juridique
a « complette ».
b « fera ».
c « rendrons ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
une partie de l’avenue d’Eylau est rebaptisée « avenue Victor Hugo ».
- 17 févrierMort de son beau-frère Louis Koch.
- 4 marsHommage du Sénat à Hugo.
- 31 maiLes Quatre Vents de l’esprit.
- 12 juilletUne partie de l’avenue d’Eylau est rebaptisée « avenue Victor Hugo ».
