« 9 décembre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16325, f. 197-198], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9702, page consultée le 24 janvier 2026.
9 décembre [1835], mercredi matin, 9 h.
Bonjour, mon Toto, bonjour, mon adoré, comment que ça va ce matin ? Vous n’êtes pas
malade ? Vous n’êtes pas trop fatigué de tous vos travaux nocturnes, du moins je
l’espère ? Aussi, je vous baise et je suis très heureuse et je vous attends avec
confiance.
J’ai passé une assez bonne nuit, moi, ce qui ne m’empêche pas d’être
toute malingre ce matin, ce que j’attribue au temps froid et à la pluie. C’est pour
cela que je reste dans mon lit car de toute façon, si le clerc de Manière venait, je pourrais ne pas me lever ou ne me
lever qu’un moment ce qui est toujours autant de gagner en bois.
Mon cher petit Toto chéri, savez-vous que je vous aime plus que tout au monde ?
Plus que ma vie, le savez-vous ? Savez-vous que vous êtes le plus grand, le plus beau
et le plus noble des hommes, le savez-vous ? Pour peu que cela continue, je ne saurai
plus où mettre mon amour et mon admiration pour vous, mon cher bien-aimé. Il y a déjà
longtemps que je reportea le
trop-plein de mon cœur sur tout ce que vous aimez, sur tout ce qui vous sert, sur
tout
ce que vous regardez avec plaisir et sur tout ce qui vous touche. Maintenant je vais
en remplir tout l’espace de la terre au ciel. Après cela, nous verrons à prendre
d’autres succursales.
En attendant, je vous envoie une traînée de baisers qui
ira faire explosion juste à l’endroit de votre bouche.
J.
a « je reportes ».
« 9 décembre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16325, f. 199-200.], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9702, page consultée le 24 janvier 2026.
9 décembre [1835], mercredi soir, 8 h. ¼
Avez-vous dit assez de bêtises ce soir, hein ? En avez-vous assez fait des
calembours, des calembredaines et des coq-à-l’âne, hein ? Suis-je assez humiliée dans
la personne de votre esprit, hein ? Convenez-en ! Quel malheur d’aimer un être de
votre sorte, un vrai barbouilleur de papier comme au
tempsa de la Bastille, ni plus ni
moins. Tandis que vous savez qu’elle n’existe plus, la pauvre Bastille, que dans
l’échafaudage de la colonne de juillet, vous en abusezb pour dire tout ce qui vous passe par la tête de bête.
C’est LÂCHE !
C’est d’autant plus lâche que vous savez que je ne vous en aime
que plus et que je suis femme à me rouler à vos pieds, après comme avant, pour obtenir
de vous une seule de ces bêtises que vous rabâchez avec tant de désinvolture (comme vous dites).
Je n’ai pas ajouté foi entière à votre
promesse de revenir tréteaux pour le théâtre. Aussi ne me suis-je pas du tout habillée pour ne pas avoir l’air
d’une désappointée. C’est bien assez d’être triste au fond du cœur de ce que vous
ne
venez jamais sans encore avoir l’air bête. Vous savez que je vous donne plus de
baisers que vous n’avez de cheveux et plus d’amour que vous n’êtes GROS.
J.
a « autant ».
b « vous en abuser ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle regrette de ne pas jouer le rôle de la courtisane Tisbe, où elle se reconnaît, dans Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, mais se voit célébrée dans plusieurs poèmes du recueil Les Chants du crépuscule.
- 28 avrilPremière d’Angelo tyran de Padoue.
- 25 juillet-22 aoûtVoyage avec Hugo en Normandie et en Picardie.
- 9 septembre-13 octobreTandis que Hugo séjourne aux Roches, chez les Bertin (du 10 septembre au 12 octobre), Juliette habite encore la petite maison des Metz.
- 17 octobreLes Chants du crépuscule.
- 15 novembreNaissance de (Jean-)Louis et Michel-Ernest Koch, neveux de Juliette Drouet.
