« 8 décembre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16325, f. 195-196], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9701, page consultée le 24 janvier 2026.
8 décembre [1835], mardi matin, 8 h. ½
Bonjour mon Toto, tu vois que j’ai fort peu dormia par l’heure à laquelle je t’écris. Eh bienb, méchant petit homme, c’est vous qui
en êtes cause et voici comment : à peine avez-vous été parti que je me suis
aperçuec que vous aviez oublié mes
lettres. Je voulais vous les donner par la même petite poste
que l’autre soir mais j’ai craint que vous ne preniez ce prétexte pour ne pas venir
malgré les promesses que vous veniez de me faire ; je me suis donc remise au lit en
vous attendant ; mais comme je voulais m’assurer d’une chose qui depuis longtemps
me
tient au cœur, à savoir que vous ne lisez pas mes lettres, je n’ai pas dormi dans
la
crainte de perdre le moment précis où vous vous seriez aperçud de l’absence de mes lettres. Hélas !
mon cher petit homme, j’ai toujours attendu jusqu’à l’heure où je vous écris, et
maintenant j’ai la conviction que vous ne lisez aucune de mes lettres. Conviction
qui
me rend fort triste et fort pensive, car enfin à quoi bon me tromper pour une chose
comme cela ? N’était-il pas plus simple de me laissere mon
amour et mes pensées que de les exiger pour l’usage que vous n’en faites pas ?
J’aurais certainement pu me dispenser d’écrire encore celle-ci mais j’ai tenu à
l’écrire pour dans le cas où, plus tard, si vous veniez à faire un acte de courage
en
les lisant, vous trouviez la raison déterminante qui me force à ne plus vous écrire.
Je vous aime, mon Toto bien aimé. Peut-être ne vous en apercevez-vousf pas plus que de ma
correspondance quotidienne mais je vous aime de toute mon âme.
a « dormie ».
b « Et bien ».
c « apperçu ».
d « apperçu ».
e « laisse ».
f « appercevez-vous ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle regrette de ne pas jouer le rôle de la courtisane Tisbe, où elle se reconnaît, dans Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, mais se voit célébrée dans plusieurs poèmes du recueil Les Chants du crépuscule.
- 28 avrilPremière d’Angelo tyran de Padoue.
- 25 juillet-22 aoûtVoyage avec Hugo en Normandie et en Picardie.
- 9 septembre-13 octobreTandis que Hugo séjourne aux Roches, chez les Bertin (du 10 septembre au 12 octobre), Juliette habite encore la petite maison des Metz.
- 17 octobreLes Chants du crépuscule.
- 15 novembreNaissance de (Jean-)Louis et Michel-Ernest Koch, neveux de Juliette Drouet.
