« 26 juin 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 179-180], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d13499e1792, page consultée le 01 mai 2026.
Jersey,26 juin, dimanche matin, 8 h.
Bonjour, mon tout bien aimé, bonjour ma joie suprême, bonjour mon bonheur infini, bonjour des lèvres, des yeux, de l’âme et du cœur, bonjour, je te bénis. Je ne crois pas que tu puissesa mettre ton projet de promenade à exécution ce matin, à cause de l’incertitude du temps. Je devrais te plaindre de manquer encore cette fois une occasion de te distraire, mais je suis si profondément et si naturellement égoïste que je ne sens que le plaisir de penser que je te verrai davantage aujourd’hui grâce à cette maussaderie du ciel. Après cela, je ne me révolterai pas si je suis trompée dans mon espérance. Au contraire, mon pauvre amour, je serai heureuse tout de même de savoir que tu t’amuses avec tous tes jeunes moucherons. Je n’ai d’amertume et d’envie que lorsque je te vois prendre des plaisirs que je devrais et que je pourrais partager avec un peu de bonne volonté et de Mézaize quelconque. Du reste, mon adoré, il ne m’est jamais entré dans l’esprit, et encore moins dans le cœur, de faire obstacle ou de limiter ton bonheur de famille, sous quelque forme qu’il se présente et sous quelque prétexte que ce soit. Tu en es bien convaincu, n’est-ce pas mon adoré, aussi, je verrai sans regret le soleil reluire ce matin à l’horizon et je profiterai sans remordsb de la pluie qui te donnera à moi. Telle est ma philosophie d’aujourd’hui…
Juliette
a « puisse ».
b « remord ».
« 26 juin 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 180-181], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d13499e1792, page consultée le 01 mai 2026.
Jersey,26 juin, dimanche après-midi, 4 h.
Sois heureux, mon bien-aimé, emplis tes yeux de beaux horizons, tes poumons d’air pur, ta pensée de poésie, ton âme de sérénité et ton cœur d’amour, car je te donne tout cela dans un baiser. J’aurais désiré qu’il fît moins sombre et moins froid pour cette charmante promenade. Mais à tout prendre tu fais bien de profiter sans objection de cette espèce d’entracte d’une averse à une autre averse. J’espère que tu sauras te garantir du froid et que la voiture d’Aspleta a au moins un tablier pour se couvrir les jambes. Je te confie aux soins, à la sollicitude et à l’amour de la chère petite Dédé à laquelle j’enverrai demain un nouveau bouquet de roses si elles sont fleuries. En attendant, mon cher petit homme, je vis donc mon cher petit monde de Totos, plus charmants, plus beaux et plus adorables les uns que les autres, aussi, je ne suis pas à plaindre1. Mais je ne me plains pas, non plus, bien loin de là. Seulement je te désire comme le bien-aimé de tous ces autres petits bien-aimés, comme le soleil de mon âme, comme la joie de mes yeux, comme la volupté de mes lèvres, comme le bonheur idéal de mon cœur.
Juliette
1 Un atelier de photographie est aménagé au rez-de-chaussée de Marine Terrace, dans la grande pièce sombre donnant sur la serre, dès le premier hiver passé par le clan Hugo à Jersey. L’idée de départ est d’illustrer Napoléon le Petit et les ouvrages à venir par des portraits de Victor Hugo. Dans son Journal, Adèle Hugo, la fille du poète, mentionne à la date des 22 et 23 novembre 1852 : « Nous faisons du daguerréotype. On fait le daguerréotype de mon père pour Les Contemplations et aussi pour les Vengeresses : la première est calme et lève les yeux au ciel, la seconde est furieuse », Sheila Gaudon, Correspondance entre Victor Hugo et Pierre-Jules Hetzel, tome I (1852-1853), Paris, Klincksieck, 1979, p. 238, note 5 / « La famille possédait toute une galerie de portraits dans la salle à manger de Marine Terrace et en exécutait pour ses proches sans oublier Juliette Drouet qui accueillait chaque nouvelle image de son bien-aimé avec une ferveur toute religieuse », Françoise Heilbrun et Danielle Molinari (dir.), En collaboration avec le soleil, Victor Hugo, photographies de l’exil, Paris, Musée d’Orsay, Maison de Victor Hugo, 1998, p. 44.
a « Asplett ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’inquiète des séances de spiritisme à Marine-Terrace, dont elle est exclue, et qui lui semblent des diableries.
- 6 septembreArrivée de Mme de Girardin chez les Hugo ; elle va initier ses hôtes aux tables parlantes à partir du 11 septembre.
- 21 novembreChâtiments.
