6 juin 1853

« 6 juin 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 105-106], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d13499e250, page consultée le 01 mai 2026.

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Bonjour, vous, que j’aime, bonjour, toi, que j’adore, bonjour citoyen, bonjour, démagoguea, bonjour. Vous devez voir par ces divers échantillons que je suis assez rétive ce matin. Cependant, je me sens encore de ma tête, mais cela ne vaut pas la peine d’en parler après ce que j’ai souffert ces derniers jours. Aussi, je vais me mettre à copire d’arrache- plume pour rattraper le temps perdu QUI NE SE RATTRAPE PAS. ATTRAPEZ. Ça m’est égal, j’amènerai Robert1. En attendant vous ne me donnez pas le fameux bon de 83 fr., ce qui autorise ma paresse et me fait ajourner indéfiniment ma lettre, risque à ce qu’elle arrive trop tard, ce dont je serais bien fâchée car je tiens à ces haillons en raison même des sacrifices qu’ils t’ont coûtés. Aussi, mon cher petit homme, je suis décidée à ne pas te laisser oublier de faire ce mandat aujourd’hui quelles queb soient tes occupations. Telle est ma SCIE. Maintenant vous êtes cause que je me suis couchée à 10 h. ½ hier parce que je vous espérais, mais vous avez jugé utile de me laisser me morfondre en vain. Je vous pardonne, mais ne recommencez pas et baisez-moi EX ABRUPTO.

Juliette


Notes

1 Le sens de l’expression « amener Robert » reste à élucider.

Notes manuscriptologiques

a « démagoge ».

b « quelque ».


« 6 juin 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 107-108], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d13499e250, page consultée le 01 mai 2026.

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Et vous appelez cela un temps, vous, merci. J’appelle ça une mystification, un embêtement carabiné, une scie, enfin tout ce qu’il y a de plus froid, de plus ennuyeuxa et de plus agaçant au monde. Tant pire si je choque vos opinions politiques et si je froisse vos sentiments religieux. J’ai vu le citoyen Guay qui n’a pas encore commencé tes souliers à cause des indispositions successives de sa famille et de lui. Il pense te les porter vers la fin de la semaine si une de ses femmes est en état de piquer le dessus. Du reste le pauvre homme [illis.] un triste coton et je ne serais pas étonnée qu’il ne payât lui aussi son tribut à la nostalgie. Excepté ton amour, mon adoré bien-aimé, qui rayonne sur ma vie, tout est triste autour de moi et me rappelle involontairement de douloureux anniversaires1. Je ne veux pas m’appesantir sur ces lugubres souvenirs. C’est pourquoi je me réfugie tout de suite dans ta pensée qui est ma consolation, dans ton amour qui est mon bonheur et ma vie. Pense à moi, mon Victor adoré, et tâche de venir bientôt. Pendant ce temps là, je vais copier avec amour les trois dernières belles choses que tu m’as données2. Ce sera pour moi un prétexte pour t’admirer et pour t’adorer encore plus, comme si j’en avais besoin.

Juliette


Notes

1 Deux ans auparavant en juin 1851 (le 28 précisément) Juliette a reçu les lettres envoyées par Léonie Biard lui révélant sa liaison avec Victor Hugo.

2 Poèmes des Châtiments.

Notes manuscriptologiques

a « ennuieux ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle s’inquiète des séances de spiritisme à Marine-Terrace, dont elle est exclue, et qui lui semblent des diableries.

  • 6 septembreArrivée de Mme de Girardin chez les Hugo ; elle va initier ses hôtes aux tables parlantes à partir du 11 septembre.
  • 21 novembreChâtiments.