« 19 mars 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16351, f. 243-244], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4247, page consultée le 01 mai 2026.
19 mars [1843], dimanche soir, 11 h.
Ainsi que je l’avais prévu, mon Toto bien-aimé, je n’ai pas pu t’écrire tantôt ; car,
dès quatre heures, j’avais Mme Krafft chez moi qui venait me demander une lettre de
toi pour ton cousin Trébuchet pour servir à son fils. En même temps elle venait me
demander à dîner escortée de trois bouteilles de vin, deux de bordeaux, une de
champagne, plus une tourte et des biscuits. Bref, la pauvre femme a trouvé un moyen
honnête de payer son dîner et au-delà. Je ne sais pas, mon pauvre bien-aimé, comment
tu feras avec tes pauvres yeux malades pour écrire cette lettre. Cependant mon Toto
chéri, elle paraît croire que c’est d’une grande importance pour son fils et surtout
elle désire que tu la lui donnes, cette lettre, le plus tôt possible. Tu verras, mon
cher adoré, ce que tu peux faire en cette circonstance mais pour moi je ne me sens
pas
le courage de te tourmenter.
J’ai remis, ainsi que tu me l’avais indiqué, l’acte
de la Ribot et sa lettre sous enveloppe,
cachetée au nom de M. Démousseau. D’ailleurs
il n’y a aucun danger parce que Mme Pierceau est très soigneuse de sa nature.
Je
ne t’ai pas revu depuis tantôt, mon bien-aimé, c’est-à-dire depuis bien longtemps.
Est-ce que tu ne vas pas bientôt venir ? J’ai beau avoir de la distraction, de la
langue et des yeux, il me semble que le temps me paraît encore plus long dans ces
moments-là que lorsque je suis tout à fait seule avec ta pensée. C’est bien bien vrai,
mon Toto, cette soirée m’a paru éternelle quoique j’eusse les drôleries creuses et
la
jacasserie frivole de Mme Krafft bourdonnant autour de mes oreilles. Mais vois-tu, mon Toto, rien
ne peut remplacer le regard de l’homme qu’on aime, rien ne peut suppléera au ravissement d’entendre et d’écouter
l’amant bien-aimé de son cœur. Aussi j’avais hâte que ces pauvres femmes fussent
parties pour penser à toi à mon aise, pour te désirer sans gêne, pour t’aimer sans
ennuis et sans distractions aucunes. Les voilà parties et depuis ce temps-là je te
gribouille tout ce qui me passe par la tête et par le cœur pêle-mêle comme cela me
vient. Je sais bien que tu ne tiens pas à la manière dont je te dis : je t’aime mais à la manière dont je le sens. Je t’aime mon
Victor adoré, je t’aime comme tu dois être aimé : à deux genoux.
Juliette
a « supléer ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
