10 mars 1843

« 10 mars 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16351, f. 219-220], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4238, page consultée le 06 mai 2026.

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Bonjour, mon cher petit bien-aimé, bonjour, mon adoré petit homme, m’aimes-tu ? Moi je t’aime, je t’aime, je t’aime, je voudrais baiser tes pieds, je voudrais mourir pour toi.
Sais-tu quel jour on a donné la première représentation des Burgraves ? Le jour de la Sainte PERPÉTUE, la seconde le jour de la Sainte FRANÇOISE et la troisième, demain, jour de Saint EULOGUE. Le hasard a donné à ces trois jours trois noms significatifs qui en disent plus qu’ils ne sont gros. Pour ma part, je suis charmée que le calendrier se mêle aussi de la partiea et fasse son feuilleton en trois mots : succès qui se perpétue, gloire Françoise (ancienne orthographe) et enfin St Euloge patron du caissier du Théâtre-Français le jour où l’on joue Les Burgraves. La manière dont je dis cela n’a pas beaucoup de sel mais je t’assure cependant que dans le choix de ces trois noms, il y a quelque chose de très spirituel, de très flatteur et de très charmant. Le hasard n’est pas si bête qu’on le dit car parmi tous les noms du calendrier, il aurait pu tout aussi bien choisir St Pierre ou St Paul s’il n’y avait pas mis une intention de compliment et une petite pointe de prophétie. Il y a eu d’autres premières représentations, d’autres auteurs qui ont pu se trouver avec le même à propos : le jour de St Mellon, de St Gilles ou de Sainte Balbine. Tu vois bien maintenant que le hasard ne fait rien au hasard lorsqu’il s’agit de toi, mon Toto ravissant. Je te dis cela si bêtement que tu ne me sauras aucun gré de la remarque mais je t’assure cependant que c’est très gentil et très drôle au fond.
Je t’aime, mon Toto. Tout m’est un sujet de penser à toi, de t’admirer et de t’adorer.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « parti ».


« 10 mars 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16351, f. 221-222], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4238, page consultée le 06 mai 2026.

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Je croyais, j’espérais, mon bien-aimé, qu’aussitôt ta pièce passée, nous nous appartiendrions un peu plus et je vois que je me suis trompée. Il est vrai de dire que, grâce à l’acharnement stupide de tes ennemis, tu es obligé de suivre les représentations plus longtemps et avec plus de soin que de coutume. C’est ce qui fait que je ne te vois pas mais, mon pauvre adoré, que devient l’amour et que devient le bonheur dans tout ça ? Pauvre ange, je ne veux pas te tourmenter et je le fais malgré moi, tant le besoin de me plaindre de cette longue continence de cœur et d’âme me pèse et m’attriste. Mais je sais que ce n’est pas ta faute, mon bien-aimé, je sens qu’il faut que tu surveilles ta pièce. Je ne suis pas injuste, mon Toto chéri, seulement je t’aime, voilà tout.
Je pense que Lanvin m’amènera ma péronnelle1 ce soir. Cependant ça n’est pas sûr mais dans tous les cas, ce serait pour demain matin. Je tiens beaucoup à lui faire voir et bien voir ces sublimes Burgraves, et puisque tu me promets la petite loge d’hier, c’est une occasion magnifique dont je veux qu’elle profite.
J’ai encore cherché et recherché Satan2 sans le trouver et je suis sûre, comme de moi-même, que tu ne l’as pas apporté. Personne d’ailleurs ne touche à rien chez moi et d’ailleurs il n’y vient personne. Ainsi vous m’avez flouée de mon Satan, vous êtes une bête et un méchant Toto et je veux que vous me disiez où je pourrai le louer pour le lire pour deux sous. J’enverrai la farce et je saurai ce que Satan dit de vous VIEUX DIABLE. Baisez-moi.

Juliette


Notes

1 Claire Pradier.

2 Journal de Petrus Borel.

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.

  • Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
  • 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
  • 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
  • PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
  • 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.