« 4 juin 1875 » [source : BnF, Mss, NAF 16396, f. 142], transcr. Véronique Heute, rév. Jean-Marc Hovasse, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d8215e105, page consultée le 07 août 2026.
Paris, 4 juin [18]75, vendredi matin, 7 h. ½
J’espère, mon grand bien-aimé, que tu as aussi bien dormi que moi et j’envie ta voisine Girofléea d’être à même de le savoir rien qu’en ouvrant sa fenêtre qui s’encadre si bien dans la tienne. Autrefois, à la Fallue1, chez Allez, j’avais, moi aussi, le bonheur de constater depuis un bout à l’autre de la journée et de la nuit ce que tu faisais de ton corps, de tes yeux et presque de ton âme2. Aujourd’hui quoique plus près de toi, en apparence, je ne vois plus, je n’entends plus, je ne sais plus rien de toi que ce que tout le monde sait. De ton intimité rien du tout3. Cependant je ne veux pas être ingrate envers Dieu qui me fait le reste de la partie de la vie encore si belle en permettant que je demeure si près de toi qu’il me semble sentir battre ton cœur dans le mien. Qu’il soit béni et toi aussi pour ce dernier et suprême bonheur. Je vous adore.
1 Juliette Drouet a habité la Fallue, à Guernesey, de novembre 1856 à juin 1864, puis a emménagé à Hauteville Fairy, où Victor Hugo avait logé pendant sa première année à Guernesey.
2 De sa véranda de La Fallue, Juliette Drouet apercevait Victor Hugo au balcon de son look-out et pouvait communiquer avec lui dès leur réveil. Elle s’en réjouissait d’avance le 27 juillet 1856, alors qu’elle n’avait pas encore emménagé dans la maison : « Quel bonheur quand nous serons tout à fait voisins et que nous lucooterons depuis le matin jusqu’au soir ! » Dans ses Carnets, Victor Hugo rappellera ce rituel le 17 août 1872, alors que Juliette Drouet n’est plus à La Fallue : » J’ai repris ce matin l’habitude que j’avais d’attacher à mon balcon du côté de JJ, un signal pour lui dire l’heure à laquelle je me suis levé. » (Carnets III – 1872 ; CFL, t. XV-XVI/2, p. 790).
3 Au 21, rue de Clichy, Juliette Drouet occupe un appartement situé au deuxième étage de la maison alors que Victor Hugo, sa bru et les enfants logent au troisième (Carnets manuscrits 1874, 20 janvier ; BnF, Mss, NAF 13478, f. 25r). Mais Hugo travaille dans l’appartement situé au second étage, chez Juliette.
a « Girofflée ».
« 4 juin 1875 » [source : BnF, Mss, NAF 16396, f. 143], transcr. Véronique Heute, rév. Jean-Marc Hovasse, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d8215e105, page consultée le 07 août 2026.
Paris, 4a juin [18]75, vendredi soir, 7 h.
L’heure me presse mais n’importe, je prends le temps de te dire le mot sacramentel qui est le fondsb et le tréfonds1 de ma vie, de mon cœur et de mon âme : je t’aimec.
1 Fig. Savoir le fonds et le tréfonds d’une affaire, la savoir parfaitement. (Littré).
a Un « 4 » a été ajouté par une autre main que celle de Juliette Drouet au-dessus du « 3 » qui est barré.
b « fond ».
c « je t’aime » est aligné à droite, à la façon d’une signature.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils font un bref séjour à Guernesey pour récupérer des affaires.
- 19-28 avrilSéjour à Guernesey.
- 4 octobreIls vont sur la tombe de Claire à Saint-Mandé.
