« 8 octobre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16352, f. 181-182], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10760, page consultée le 24 janvier 2026.
8 octobre [1843], dimanche matin, 9 h. ½
Bonjour, mon petit Toto bien-aimé, bonjour, bonjour. Comment vas-tu ce matin, mon
pauvre amour adoré ?
La contrariété que j’ai éprouvéea hier m’a donné un mal de tête que j’ai
encore. Plus je pense à l’inconvenance et à l’imprudence de la conduite de cette Mme Marre et plus
je suis indignée contre elle. Dès que tu le pourras mon bon ange, tu m’y conduiras.
Il
est urgent de faire cesser au plus tôt un pareil état de chose. Si je ne t’avais pas,
mon cher adoré, pour me soutenir et pour me conseiller dans la vie, je ne sais pas
ce
que je deviendrais. Et si tu ne m’aimais pas, mon Victor bien-aimé, je ne vivrais
pas.
Tâche de venir un moment dans la journée, mon cher amour, cela me donnera du
courage et de la force dont j’ai bien besoin.
Je vais commencer tout à l’heure la
suite de notre voyage1. Hélas ! la dernière partie en
sera bien triste et bien pénible pour moi en me rappelant l’affreux désespoir dans
lequel je t’ai vu. Tant que je vivrai je sentirai au cœur en y pensant la douleur
inexprimable que tu as ressentieb
en lisant cette horrible nouvelle. Pauvre père, pauvre adoré, que le bon Dieu aitc pitié de toi à l’avenir car tu as bu en
une seule fois le calice de toute une vie.
Je voudrais te voir mon Toto, je
voudrais baiser tes beaux yeux et ta ravissante petite bouche. Tâche de t’échapper
un
peu dans la journée. Pense que je suis toute seule loin de toi et que je te sais
triste et malheureux. En attendant, mon amour bien-aimé, je pense à toi, je m’occupe
de toi, je t’aime, je te désire et je t’adore. Je baise tes chers petits pieds encore,
encore et encore.
Juliette
1 Victor Hugo a demandé à Juliette de relater la fin de leur voyage d’été. Ce récit est publié par Gérard Pouchain, Juliette Drouet, Souvenirs, édition citée.
a « éprouvé ».
b « ressenti ».
c « aie ».
« 8 octobre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16352, f. 183-184], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10760, page consultée le 24 janvier 2026.
8 octobre [1843], dimanche soir, 5 h.
Depuis tantôt je travaille, mon cher adoré, ou plutôt je gribouille du papier pour
t’obéir car je doute que cela puisse te servir. Enfin j’y
mets toute la bonne volonté que j’ai et si je ne fais pas mieux, je fais de mon mieux. Je ne peux pas faire davantage. Je tâche surtout de
ne rien oublier : cette préoccupationa m’entraîne à t’écrire des futilités sans importance, des
choses oiseuses et insignifiantes. Je recueille mes souvenirs un peu comme les enfants
qui herborisent et qui ramassent aussi bien, et mieux encore, le chiendent que les
plantes utiles et précieuses. Enfin je fais ce que je peux et surtout je t’obéis.
Croirais-tu que depuis tantôt que je gribouille
je ne suis pas encore arrivée à Auch1. Ma plume et mon
esprit ressemblent à l’attelage fantastique que nous avions pour y aller, avec moins
de danger cependant. Tout ce qui peutb
t’arriver de pire c’est de tomber dans un tas d’inepties et de stupidités, ce qui
ne
meurtrit pas, tandis que nous avons plusieurs fois risqué notre cou dans les onze
lieuesc qui séparent Tarbes d’Auch.
Je voudrais
bien te voir, mon Toto. Cette journée, quoique pleine de souvenirs encore joyeux de
notre voyage, m’a parud bien triste et
bien longue. Rien ne peut remplacer un baiser de toi. Le souvenir du plus grand
bonheur ne vaut pas un regard de toi. Je le sens aujourd’hui plus que jamais. Tâche
donc de venir, mon Toto bien-aimé et tu me donneras du courage et de la patience pour
toute la soirée. Je t’aime trop vois-tu mais je n’y saurais que faire. Ce n’est pas
ma
faute.
Juliette
1 Elle n’est pas encore arrivée au récit de leur arrivée à Auch l’été précédent.
a « procupation ».
b « peux ».
c « lieux ».
d « parue ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
