« 11 novembre 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16364, f. 239-240], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1306, page consultée le 24 janvier 2026.
11 novembre [1846], mercredi soir, 6 h.
Vous êtes mille fois trop faible et trop bon pour moi, il faut bien que je vous le
dise puisque ça m’a fait pousser des cris d’indignation à moi-même. Au lieu de me
laisser aller en soirée chez Mlle Baucoul vous auriez dû me tenir
chez moi à l’attache et la tâche ce soir. Si vous me traitez comme cela je ne ferai
jamais rien de bon et même rien du tout, je vous en préviens. Maintenant cela ne me
regarde plus. Je vous ai ouvert les yeux sur votre trop de laisser-aller avec moi,
je
n’ai plus rien à me reprocher.
Cher bien-aimé, mon Toto adoré, tu es bon, je
t’aime. Tu es beau, je t’adore. Rien de ce que tu fais pour moi n’est perdu. Je garde
religieusement et avec amour toutes les marques de bonté dont tu me combles, depuis
les plus grandes jusqu’aux plus petites. Je me fais un trésor d’adoration de tout
cela, que je voudrais te rendre en dévouement de chair et de sang, en baisers et en
tendresse. Je te supplie pourtant de ne pas te gêner le moins du monde pour me faire
copier en temps et heure tout ce dont tu as besoin1.
D’abord c’est un des plaisirs les plus vifs pour moi et que je ne remettrais pas d’une
seconde si je ne pouvais lire ton manuscrit qu’au fur et à mesure. Je sais un peu
par
cœur celui que je suis en train de copire, de
sorte que je flâne un peu dans la croyance que tu n’attends pas après moi. Si je
croyais le contraire je m’y mettrais tout de suite avec bonheur et je te donnerais
la
chose finie ce soir. Tu vois donc bien que cela dépend de toi et que tu aurais le
plus
grand tort de te gêner pour moins que rien, car ma visite chez Joséphine n’est qu’un déplacement de corps pour moi
et rien de plus. Déplacement qui me rend quelquefois service dans l’état d’esprit
où
je suis souvent depuis plus de quatre mois2………a Tu me comprends, n’est-ce pas mon adoré ? Mais je te le répète,
je ne veux pas que tu y mettes de complaisance gênante pour toi. Et puis je t’aime,
tu
es mon Victor adorable et adoré.
Juliette
1 Juliette copie des poèmes qui prendront place dans les futures Contemplations.
2 Allusion à la mort de Claire Pradier, la fille de Juliette Drouet, le 21 juin 1846.
a Neuf points de suspension.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
sa fille Claire meurt de la tuberculose. Le père biologique, James Pradier, et le père adoptif, l’accompagnent dans ce deuil. Celui-ci libère Hugo du blocage qui l’empêchait de se rendre sur la tombe de Léopoldine, où il se rend pour la première fois depuis trois ans.
- 28 marsCrise nerveuse de Claire.
- 1er-5 juinHugo, à la Chambre des Pairs, participe au procès de Pierre Lecomte, auteur d’un attentat manqué contre le roi. Lecomte sera guillotiné.
- 2 juinJuliette et sa fille s’installent à Auteuil, 56 rue de la Fontaine, dans un appartement que leur loue Pradier. Il refuse de louer un appartement plus confortable pourtant disponible dans le même immeuble.
- 21 juinMort de Claire Pradier.
- 23 juinEnterrement de Claire Pradier au cimetière d’Auteuil.
- Juin-juilletVictor Vilain réalise un buste en terre cuite de Juliette.
- 11 juilletAprès la découverte des dernières volontés de Claire, son corps est exhumé et transféré au cimetière de Saint-Mandé.
- 1er-2 aoûtVictor Hugo et Juliette partent en excursion le samedi toute la journée, et le dimanche matin, et prennent le chemin de fer.
- 25-28 septembreSéjour en Normandie, à Caudebec et Villequier.
