29 avril 1846

« 29 avril 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16362, f. 423-424], transcr. Audrey Vala, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4920, page consultée le 24 janvier 2026.

Bonjour mon bien-aimé, bonjour mon bien, bonjour mon tout ravissant. Bonjour mon adoré, bonjour. Claire a dormi depuis 10 heures jusqu’à cinq heures du matin. C’est la première fois depuis qu’elle est malade qu’elle dort sa nuit entière. Ce matin elle n’a presque pas toussé et elle demande à manger à cor et à cris. C’est à n’y pas croire. Ce matin elle a l’air d’une personne en pleine convalescence. Si ce miracle est dû à la lettre que son père lui a écrite hier, il faut avouer que l’effet en a été prodigieusement prompt1. Je n’ose pas me flatter cependant, car voilà déjà bien des fois que je l’ai cru hors d’affaire et qu’il n’en était malheureusement rien. J’attends M. Triger avec impatience pour savoir s’il la trouve aussi bien qu’elle le paraît. Si cela était, nous n’aurions besoin d’aucune consultation et dans quinze jours, elle serait tout à fait guérie. Mais je n’ose m’y fier, quelque besoin que j’en aie pour ma tranquillité.
Je lui ai lu ce matin la bonne et généreuse lettre que tu as écrite à son père. Elle en a été touchée jusqu’aux larmes. Quant à moi, mon adoré, toute ma vie ne suffirait pas à te prouver l’amour et la reconnaissance sans borne que j’ai pour toi. Je compte encore sur l’autre vie de l’autre monde pour me donner le temps de m’acquitter envers toi de tout ce que je te dois et pour écouler le trop plein de mon cœur. En attendant, je t’aime d’arrache-cœur, je te souris, je te porte. J’admire votre habit et je vous permets toutes sortes de bonnes fortunesa avec Mme Luthereau.

Juliette


Notes

1 Voir lettre de la veille.

Notes manuscriptologiques

a  « toute sorte de bonne fortune ». 


« 29 avril 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16362, f. 425-426], transcr. Audrey Vala, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4920, page consultée le 24 janvier 2026.

Je suis bien contente, mon doux bien-aimé, de vous donner lea pâté ce soir. Je regrette pourtant de ne pouvoir pas en prendre ma part avec vous mais je veux, quelque ennui qu’il m’en coûte, accomplir pour le dernier jour tous les devoirs de l’hospitalité envers Mme Luthereau1. Demain à cette heure-ci elle sera partie ou bien prête à partir et je pourrai être tout à toi et à ma pauvre péronnelle qui aura encore besoin de mes soins pendant quelque temps en supposant tout au mieux et au plus vite, guérie. J’attends M. Triger avec impatience pour qu’il me confirme dans le bon espoir que j’ai de voir cette pauvre enfant à l’abri de l’affreuse maladie dont nous pouvions tous la croire menacée2. Tu l’as vue tout à l’heure, n’est-ce pas qu’elle est bien ? J’ai déjà fait cette question cinq ou six fois à Suzanne comme si elle pouvait me faire une réponse qui ait le sens commun. Mais le désir et le besoin que j’ai de savoir cette enfant hors de tout danger me fait voir un mieux qui n’existe peut-être que dans mon imagination et je voudrais que toute la nature me confirmât dans mon espérance. Dès que je n’aurai plus rien absolument à redouter pour ma pauvre grande fille, je veux que tu me donnes une culotte énorme, une culotte gigantesque, une culotte effrayante et effrénée. Si vous ne me la donnez pas, ce sera bien injuste et je ne sais pas ce que je ferai mais je compte sur votre générosité accoutumée et je suis bien sûre que vous ne vous ferez pas tirer l’oreille pour une chose aussi juste que méritée.

Juliette


Notes

1 Laure Luthereau est venue de passer quelques jours à Paris pour une affaire délicate.

2 Pour la première fois, Juliette Drouet évoque la gravité possible de la maladie de Claire. Le médecin lui a-t-il signifié qu’il pouvait s’agir de la tuberculose ?

Notes manuscriptologiques

a « la ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

sa fille Claire meurt de la tuberculose. Le père biologique, James Pradier, et le père adoptif, l’accompagnent dans ce deuil. Celui-ci libère Hugo du blocage qui l’empêchait de se rendre sur la tombe de Léopoldine, où il se rend pour la première fois depuis trois ans.

  • 28 marsCrise nerveuse de Claire.
  • 1er-5 juinHugo, à la Chambre des Pairs, participe au procès de Pierre Lecomte, auteur d’un attentat manqué contre le roi. Lecomte sera guillotiné.
  • 2 juinJuliette et sa fille s’installent à Auteuil, 56 rue de la Fontaine, dans un appartement que leur loue Pradier. Il refuse de louer un appartement plus confortable pourtant disponible dans le même immeuble.
  • 21 juinMort de Claire Pradier.
  • 23 juinEnterrement de Claire Pradier au cimetière d’Auteuil.
  • Juin-juilletVictor Vilain réalise un buste en terre cuite de Juliette.
  • 11 juilletAprès la découverte des dernières volontés de Claire, son corps est exhumé et transféré au cimetière de Saint-Mandé.
  • 1er-2 aoûtVictor Hugo et Juliette partent en excursion le samedi toute la journée, et le dimanche matin, et prennent le chemin de fer.
  • 25-28 septembreSéjour en Normandie, à Caudebec et Villequier.