9 février 1843

« 9 février 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16351, f. 129-130], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4062, page consultée le 24 janvier 2026.

Bonjour mon Toto bien-aimé, bonjour mon cher amour adoré, bonjour, bonjour, je t’aime. Comment vas-tu mon Toto chéri ? Il fait un temps bien hideux, prends garde de ne pas avoir froid. Il me semble que tu as oublié ton parapluie à la maison. Je seraia bien contente si cela peut te faire venir à la maison le chercher avant d’aller à ta répétition ; par la même occasion je te verrais, ce qui ne me serait pas indifférent du tout.
Jour Toto, jour mon cher petit o, je vous aime.
J’ai écrit à Mme Pierceau hier, maintenant je ne sais pas quand M. D.1 viendra. Voilà un temps peu propice aux promenades. Pauvre ange, il n’y a que toi que cela n’effraie pas. Tu vas toujours toi, qu’il pleuve, qu’il neige ou qu’il tonne. Tu marches toujours, tu travailles toujours. Il faudra pourtant qu’il vienne un temps de repos et de loisir pour nous, n’est-ce pas mon Toto ? pendant lequel nous irons faire un petit voyage qui nous rendra bien heureux. D’ici là il y ab encore bien des jours d’ennui pour moi et bien des nuits sans sommeil pour toi, mon pauvre adoré. Mais laissons passer les deux GRANDES CHOSES2 ce mois-ci et puis tu me donneras une petite culotte d’attente pas piquée des hannetons[Dessinc]. Je l’aurais voulue depuis le haut jusqu’en bas mais j’ai craint de vous effrayer. Je me contenterai d’une pas plus étoffée que celle-ci mais à la condition d’en dévorer jusqu’aux boutons et aux sous-pieds. Aussi je voudrais déjà y être. Pourvu qu’il ne survienne pas encore quelque incident qui me rejette aux calendes grecques. C’est tout ce que je demande. Baisez-moi mon Toto chéri et aimez-moi, je vous en prie, bien fort. Je vous le rendrai bien et au-delà, soyez tranquille.

Juliette


Notes

1 Desmousseau.

2 Le mariage de Léopoldine et la création des Burgraves.

Notes manuscriptologiques

a « serais ».

b « il y encore ».

c Dessin d’un pantalon :

© Bibliothèque Nationale de France

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.

  • Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
  • 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
  • 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
  • PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
  • 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.