6 février 1843

« 6 février 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16351, f. 119-120], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4059, page consultée le 24 janvier 2026.

Bonjour mon Toto bien-aimé, bonjour je t’aime. Suzanne vient de me dire que tu as oublié d’emporter ta montre. Cela me donne l’espoir de te voir avant que tu n’ailles à ta répétition. En même temps je te demanderai quand je pourrai commencer à me servir de ton laissez-passer  ? Je ne veux pas aller te surprendre pour la première fois. Mais ensuite je serai moins scrupuleuse, je t’en avertis.
Pauvre ange du bon Dieu, as-tu pris quelque repos cette nuit ? Tu étais épuisé de fatigue hier et je voudrais bien savoir que tu as pris un peu de sommeil pour ma tranquillité.
Il faut espérer que ce mois-ci passé tu seras moins étouffé d’affaires et que tu pourras mettre quelques heures de repos les unes au bout des autres. J’attends ce moment-là avec bien de l’impatience car j’espère que j’en aurai aussi un pour moi de ce bon repos ; en attendant, il faut tâcher, mon cher adoré, de ne pas succomber à la peine et de n’en pas prendre au-dessus de tes forces.
Tu me diras ce qu’ila faut que j’écrive pour le fils de Mme Krafft afin d’avoir [mes ? ses ?] renseignements ainsi qu’à Démousseau pour qu’il fasse faire cet acte de la Ribot. Je la verrai probablement aujourd’hui mais à coup sûr demain. J’espère que ce sera la dernière fois grâce à toi mon cher bien-aimé.
Je voudrais pouvoir t’aimer plus mais cela n’est pas possible, mon Toto, il faut que tu te contentes de mon amour d’il y a dix ans ; il est vrai qu’il n’y en a jamais eu et qu’il n’y en aura jamais de plus tendre, de plus profond, de plus admiratif, de plus dévoué et de plus passionné. Je voudrais baiser vos quatre petites pattes.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « qui ».


« 6 février 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16351, f. 121-122], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4059, page consultée le 24 janvier 2026.

J’espérais, mon Toto chéri, que le besoin de votre montre se ferait assez généralement sentir pour vous engager à venir la prendre chez moi dans la journée. Il paraît que je me suis trompée, comme je me trompe chaque fois que j’espère vous voir. L’heure de la répétition est bien passée, est-ce que tu ne vas pas bientôt venir, mon Toto chéri ? Si tu tardes plus longtemps, ce sera l’heure de ton dîner et tu ne viendras plus après qu’à des heures indues. Moi pendant ce temps-là je serai bien triste et bien malheureuse. Dépêche-toi donc de venir mon amour pour que j’aie un peu de joie à étendre sur cette longue soirée que je dois passer seule.
Je n’ai pas vu la Ribot, ce sera pour demain sans aucun doute. Si tu as un moment ce soir, si tu n’es pas trop las, tu me dicteras les lettres pour le petit Krafft et pour M. Démousseau. Je crois que je vais me décider ce soir à faire tous mes comptes, ce ne sera pas malheureux. Enfin il vaut mieux tard que jamais, dit le proverbe. Mais pour ce travail je serais d’avis qu’il vaudrait mieux jamais que tard. Enfin je vais le faire s’il ne me survient pas un empêchement quelconque ou un accès de paresse.
Jour Toto, jour mon cher petit o. C’est joli ce que vous avez fait hier au soir, voime, voime, c’est du propre et du spirituel. Je ne vous conseille pas de recommencer à moins que ce ne soit pour mieux faire.

Juliette

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.

  • Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
  • 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
  • 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
  • PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
  • 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.