« 11 août 1864 » [source : BnF Mss, NAF 16385, f. 213], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3714, page consultée le 24 janvier 2026.
Guernesey, 11 août [18]64, jeudi matin, 7 h.
Bonjour, mon tout bien aimé, bonjour, puisses-tua, ainsi que ton cher petit Toto1, avoir passé
une aussi bonne nuit que la mienne. J’aurais déjà envoyé savoir des nouvelles de ce
cher enfant si je n’avais pas craint de réveiller tout le monde chez toi. Dès que
je
croirai le moment venu j’y enverrai Elisabeth. En attendant j’espère que ce vilain mal n’aura pas de
gravité, pris à temps comme il l’est par Corbin. Du reste, à part la souffrance, je crois que ton petit Toto2 n’est pas autrement fâché de ce retard et toi pas davantage et moi pas du
tout3. L’important n’est pas de s’en aller d’ici à date fixe,
mais de partir le cœur content et le corps sain. Donc, à ce point de vue-là, nous
ne
pouvons que gagner tous à ce retard imprévu. D’ailleurs il faut donner un peu de répit
aux jeunes amoureux, cela ne peut que porter bonheur aux vétérans de l’amour comme
nous.
Je sais que tu es déjà levé depuis quelques moments, mon pauvre bien-aimé,
est-ce que tu n’aurais pas bien dormi ? Je crains que tu n’aies eu un peu d’inquiétude
au sujet de ton fils quoique Corbin affirme
que cela ne sera rien et qu’un jour ou deux de repos et de soin feront disparaître
cette indisposition douloureuse et gênante. J’espère qu’il dit vrai et que nous aurons
la joie de le voir guérib
d’ici à lundi. Quant à moi je continue de me bien porter et je crois que je me
tiendrai très bien sur le bateau et que tu n’auras pas à te plaindre de moi. De même
pour la consultation dont je suis presque sûre de n’avoir pas besoin. Cela étant et
si
tu m’aimes, QUEL BONHEUR !!! Tu auras sans doute besoin que je te rende tes ustensiles
de toilette. Ils sont tout près, tu n’as qu’à les envoyer chercher. De ton côté, mon
cher petit homme, il faut que tu aies bien soin de toi, que tu ne te tourmentes pas
et
que tu te portes bien et que tu sois heureux si tu veux que je tienne toutes mes
promesses. Je t’adore.
3 François-Victor Hugo est pris d’un mal de gorge depuis la veille au soir. D’où le report du départ en voyage au lundi 15 août. (CFL, Tome XII/2, p. 1469).
a « puisse-tu ».
b « le voir guérie ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle emménage dans Hauteville II, que Hugo achète pour elle, et dont il soigne la décoration.
- 14 avrilWilliam Shakespeare.
- 16 avrilAchat du 20, Hauteville pour Juliette, qui y emménagera deux mois plus tard. La famille Hugo y avait résidé avant d’emménager à Hauteville-House. Juliette en avait signé le bail de location le 19 mai 1863.
- 5 maiPar testament, Juliette Drouet institue Victor Hugo son légataire universel, et à défaut, les enfants de ce dernier. Elle nomme Victor Hugo son exécuteur testamentaire, et à défaut, Charles, puis François-Victor.
- 15 juinPremière nuit de Juliette Drouet au 20, Hauteville.
- 25 juilletElle pend la crémaillère dans sa nouvelle maison.
- 15 août-26 octobreVoyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.
